Par Yacine Djibo, directeur exécutif de Speak Up Africa, et Fara Ndiaye, directrice exécutive adjointe de Speak Up Africa
Nous nous sommes associés à Africa No Filter pour mettre un terme aux cartes du monde déformées qui réduisent notre continent. Avec le soutien de l'Union africaine, nous pouvons transformer une idée qui fait le buzz en normes éducatives – et obtenir de meilleurs résultats pour le développement de l'Afrique.
Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent cette semaine au Forum mondial sur l'éducation pour repenser l'avenir de l'apprentissage, il y a une question fondamentale que nous ne posons pas :et si l'un des outils les plus fondamentaux que nous utilisons pour enseigner au monde entier était erroné ?
Depuis plus de 450 ans, les salles de classe, les salles de rédaction et les salles de réunion s'appuient sur la projection de Mercator pour appréhender la géographie. Conçue au XVIe siècle pour la navigation maritime, elle n'a jamais eu pour but de représenter le monde de manière fidèle. Elle est pourtant devenue la norme.
Le résultat : une distorsion flagrante, l'Afrique, deuxième plus grand continent de la planète, apparaissant presque aussi grande que le Groenland, alors qu'elle est en réalité quatorze fois plus vaste. L'erreur réside dans le fait que la taille de l'Occident est exagérée, ce qui a pour conséquence que le Sud, où vit la majeure partie de l'humanité, est visuellement rétréci et relégué à la marge en comparaison.
Ce n'est pas seulement un problème cartographique. C'est un problème d'éducation.
Les cartes comptent parmi les premiers outils qui permettent aux enfants de donner un sens au monde qui les entoure. Elles façonnent notre compréhension de l'échelle, de l'importance et des possibilités. Lorsque l'Afrique est systématiquement représentée comme plus petite qu'elle ne l'est en réalité, le message est subtil mais fort : ce continent est périphérique. Moins central. Moins important.
Ce message influence notre façon d'envisager l'investissement, l'innovation, le leadership et les priorités mondiales. Un continent qui semble plus petit est plus facilement négligé, que ce soit dans les décisions politiques, l'attribution des fonds ou les discours internationaux.
En ce sens, la carte devient une infrastructure de notre perception globale du monde.
Dans de nombreux systèmes éducatifs africains, cette distorsion s'inscrit dans une tendance plus générale : des cadres de référence façonnés historiquement en dehors du continent. Les élèves découvrent souvent le monde à travers des outils, des langues et des références qui sont déconnectés de leur réalité quotidienne.
Et les conséquences sont bien réelles.
Dans le domaine de la santé mondiale, par exemple, sous-estimer l’importance de l’Afrique peut conduire à sous-estimer l’ampleur de maladies telles que le paludisme ou les maladies tropicales négligées, et, en fin de compte, à un sous-investissement. Plus généralement, lorsque le poids démographique, géographique et écologique de l’Afrique est minimisé visuellement, il devient plus facile de se méprendre sur son rôle dans la résolution des défis mondiaux, qu’il s’agisse du changement climatique, de la transition énergétique ou de la sécurité alimentaire.
C'est pourquoi la campagne« Correct the Map» revêt une importance particulière. Lancée par Speak Up Africa en partenariat avec Africa No Filter, et désormais soutenue par l'Union africaine, elle appelle à l'adoption de projections cartographiques plus équitables, telles que « Equal Earth », dans les salles de classe, les médias et les institutions.
Nous sommes conscients qu'il existe de nombreuses projections cartographiques, chacune conçue pour des usages différents, et qu'aucune n'est parfaite ; « Equal Earth » présente elle-même des limites. Elle offre toutefois une représentation plus équilibrée du monde, qui respecte les proportions réelles des continents tout en restant accessible à des fins éducatives et de communication.
Notre objectif est simple : l'équité.
Nous voulons que les générations futures apprennent à partir d'outils qui reflètent la réalité, plutôt que de la déformer. Nous voulons que l'Afrique soit perçue, tant par ses propres habitants que par le reste du monde, dans toute son ampleur, sa diversité et son importance.
Et le moment choisi a son importance.
L'Afrique est en passe de devenir le centre démographique du monde. D'ici une génération, un habitant de la planète sur quatre sera africain. Parallèlement, la nouvelle génération remet en question les systèmes dont elle a hérité, se demandant pourquoi son éducation a souvent reflété des points de vue étrangers plutôt que ses propres réalités.
La campagne « Correct the Map » s'adresse directement à cette génération. C'est un moyen concret, pédagogique et immédiat de remettre en question les discours dépassés et de commencer à redéfinir, selon nos propres termes, la manière dont le savoir est construit et partagé.
Le soutien de l'Union africaine marque un tournant décisif. Il transforme ce qui était au départ un appel culturel et civique en un signal politique : l'Afrique revendique son droit à être représentée de manière équitable.
Alors que les ministres, les éducateurs et les décideurs politiques se réunissent à l'occasion du Forum mondial sur l'éducation, nous les appelons à prendre des mesures concrètes pour
La correction de cette carte constitue une étape fondamentale pour rééquilibrer la manière dont le monde est enseigné et compris. Car si nous voulons réellement transformer l'éducation pour le XXIe siècle, nous ne pouvons pas continuer à enseigner une vision du monde datant du XVIe siècle.
La manière dont nous représentons le monde détermine la façon dont nous l'apprécions.
Il est temps de bien faire les choses.
Rendez-vous sur la page de la campagne « Correct the Map ».