Par Farida Tiemtoré, présidente fondatrice du Réseau des Héroïnes du Faso, de Voix EssentiELLE (Burkina Faso) et membre jeune du Conseil d'administration du Fonds mondial
Lors de la conférence Women Deliver 2026, la justice climatique, la santé et les droits des femmes se sont rejoints autour d’une conviction commune : les crises climatiques ne sont jamais neutres. Elles aggravent les inégalités auxquelles les adolescentes et les femmes sont déjà confrontées au quotidien — des inégalités qui touchent au cœur même de la santé et des droits sexuels et reproductifs.
Le réseau Voix EssentiELLES du Burkina Faso a eu le privilège de participer à cette conférence mondiale grâce au soutien de Speak Up Africa, notre partenaire stratégique et le moteur du programme Voix EssentiELLES. Ce soutien nous a permis de prendre place à une table ronde internationale de réflexion et de plaidoyer — et surtout, de disposer d’une tribune pour faire entendre les réalités du terrain là où elles doivent l’être.
Women Deliver 2026, qui rassemble à chaque édition des milliers d’acteurs du monde entier, a offert un espace privilégié d’échange et de plaidoyer. En collaboration avec le CECI, nous avons coorganisé une table ronde consacrée aux liens entre la justice climatique, les droits sexuels et reproductifs et l’action collective des femmes en Afrique de l’Ouest.
La table ronde, animée par Faïzatou Sirandou Sylla, secrétaire générale du Réseau des Héroïnes du Faso et de Voix EssentiELLE (Burkina Faso), a réuni des intervenants engagés autour de réalités de terrain complémentaires.
Jessica Hessouh, de l'Association des juristes sénégalaises (AJS), a présenté des approches novatrices visant à soutenir les adolescentes victimes de violences sexistes, y compris de violences sexuelles. Son intervention a souligné à quel point l'accès à la justice, à l'information et aux mécanismes de protection est essentiel pour garantir l'autonomie corporelle des filles et des femmes.
Julie Théroux-Séguin, du CECI, a mis en lumière les défis auxquels sont confrontées les organisations féministes alors que certains bailleurs de fonds se retirent progressivement. Elle a clairement plaidé en faveur d'un renforcement des alliances, des stratégies de plaidoyer et des approches féministes ancrées dans les réalités locales, afin d'assurer la continuité du travail mené par les femmes.
Au fil de la discussion, une chose est apparue clairement : les solutions existent déjà au sein des communautés. Ce qui leur manque, c'est une reconnaissance et un soutien à grande échelle.

Dans mon intervention, j'ai souhaité mettre en lumière une réalité qui occupe encore trop peu de place dans les débats internationaux :
« L'impact du changement climatique est encore trop souvent abordé indépendamment des questions de santé et de droits sexuels et reproductifs. Or, il s'agit d'un facteur déterminant de l'augmentation de la violence sexiste et de graves conséquences sanitaires pour les filles et les femmes, en particulier dans toute la région du Sahel. »
Dans de nombreuses communautés, les effets du changement climatique accentuent les vulnérabilités qui existaient déjà. Les déplacements forcés, l'insécurité alimentaire, l'accès limité aux soins de santé et les crises humanitaires exposent davantage les femmes et les filles à la violence, aux mariages précoces et à la précarité sanitaire.
Et pourtant, ce sont aussi ces mêmes femmes et ces mêmes filles qui font état de la réalité, sensibilisent le public, apportent leur soutien et mettent en place des solutions qui répondent réellement aux besoins de leurs communautés.
Cette session a mis en évidence une réalité incontestable : on ne peut pas parler de justice climatique sans placer les droits des femmes et des filles au cœur des préoccupations.
J'ai également expliqué comment le Réseau des Héroïnes du Faso a évolué — passant d'un blog de sensibilisation à une organisation féministe communautaire — grâce au programme Voix EssentiELLES.
Dans les contextes où l'accès à l'information reste inégal, les outils numériques constituent un puissant levier d'expression, de sensibilisation et de mobilisation pour les filles et les femmes.
Comme l'a dit Faïzatou Sirandou Sylla :
« Lorsque les outils numériques sont véritablement au service des communautés — en particulier des plus jeunes d’entre nous —, ils deviennent des instruments d’autodétermination. Ils brisent l’isolement. Ils garantissent l’accès à des informations fiables. Ils renforcent la liberté de prendre des décisions concernant notre propre corps, en particulier pour les jeunes filles. Et comme les crises climatiques touchent en premier lieu les plus vulnérables, ce pouvoir d’agir constitue également un pas vers la justice climatique. »
Grâce aux initiatives menées par Voix EssentiELLES, les filles et les femmes ne sont plus seulement des destinataires d'informations. Elles sont désormais des actrices, des défenseuses et des créatrices de solutions.
Pauline Nana, présidente de l'Association Soutien aux Enfants et Femmes Vulnérables (ASEFV), a mis en lumière le rôle essentiel que jouent les organisations communautaires dans la lutte contre les crises climatiques.
S'appuyant sur son expérience de terrain aux côtés des femmes et des filles, elle a montré comment les initiatives locales menées par les membres du réseau Voix EssentiELLES renforcent les actions en matière de santé, de sensibilisation et de protection.
Son message a résonné comme un appel collectif :
« Nos voix sont indispensables : pour dire non aux conséquences du changement climatique sur la santé des femmes et des filles, et oui à la poursuite de leur combat jusqu’au bout. »
Les intervenants partageaient tous la même conviction : lorsque les organisations locales dirigées par des femmes sont reconnues et soutenues en tant que véritables partenaires, les mesures mises en place s’avèrent plus justes, plus efficaces et plus durables.

La conférence Women Deliver 2026 a été l’occasion idéale de réaffirmer ce qui ne devrait plus avoir besoin d’être répété : le climat, la santé et la justice sociale sont indissociables des droits des femmes et des filles.
Mais plus que tout, cette session a mis en lumière la force des solutions que les communautés elles-mêmes sont déjà en train de mettre en place. Grâce à des actions de sensibilisation, à un soutien juridique, à des alliances communautaires et à des outils numériques, les organisations locales élaborent des réponses concrètes et ancrées dans la réalité, des réponses adaptées à leur contexte.
Car les femmes et les filles ne sont pas seulement victimes des crises.
Ils sont au cœur de la réponse.