Mobilisation des ressources domestiques : le secteur privé répond à l’appel pour accélérer l’élimination du paludisme au Sénégal

Mobilisation des ressources domestiques : le secteur privé répond à l’appel pour accélérer l’élimination du paludisme au Sénégal

Dakar, le 4 juin 2026 – Alors que le Sénégal s’est fixé l’objectif ambitieux d’éliminer le paludisme d’ici 2030, la question du financement apparaît aujourd’hui comme le principal défi à relever. Réunis à Dakar à l’initiative de Speak Up Africa, en partenariat avec OSIDEA et le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), les acteurs publics, privés, les collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers ainsi que la société civile ont engagé une réflexion stratégique sur la mobilisation des ressources domestiques pour combler un déficit de financement estimé à 146,6 milliards FCFA.

Organisée à l’Hôtel Noom Dakar, cette table ronde nationale a rassemblé notamment le Directeur Général de la Santé, le Représentant résident de l’OMS au Sénégal, des parlementaires, des dirigeants d’entreprises du secteur privé, le Conseil des entreprises du Sénégal (CDES), des élus locaux et des organisations de la société civile parmi lesquelles Citoyens Actifs pour la Justice Sociale (CAJUST), Publiez Ce Que Vous Payez (PCQCP) et l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) autour d’une conviction commune : l’élimination du paludisme est autant un enjeu économique qu’un impératif de santé publique.

Les derniers kilomètres vers l’élimination

Au cours des dernières années, le Sénégal a enregistré des avancées remarquables dans la lutte contre le paludisme. Toutefois, les défis restent nombreux.

Le maintien des acquis et l’atteinte de l’objectif d’élimination nécessitent des investissements conséquents dans des interventions à fort impact telles que la distribution des moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA), la chimioprévention saisonnière du paludisme (CPS), le renforcement de la surveillance épidémiologique et les campagnes d’administration de médicaments à grande échelle dans certaines zones à forte transmission.

« Le Sénégal doit maintenir ses efforts. Les besoins en financement deviennent de plus en plus importants dans cette phase décisive que nous appelons souvent les derniers kilomètres vers l’élimination », ont rappelé les responsables du Programme National de Lutte contre le Paludisme.

Une nouvelle réalité : la baisse progressive des financements extérieurs

Cette mobilisation intervient dans un contexte marqué par la réduction progressive de certains financements internationaux et par la nécessité croissante de renforcer la souveraineté sanitaire nationale.

Pour les participants, le recours accru aux ressources domestiques n’est plus une option mais une nécessité.

Le Directeur Général de la Santé, le Médecin-colonel Dr Youssouph Tine, a souligné l’importance d’une collaboration durable entre les pouvoirs publics et le secteur privé :

« Nous n'appelons pas à un appui financier ponctuel. Nous appelons à un partenariat stratégique durable afin d'atteindre la couverture sanitaire universelle. Une co-construction. C'est en cela que nous invitons les entreprises à intégrer la lutte contre le paludisme dans leurs politiques de responsabilité sociétale, à protéger leurs employés et les communautés de leurs zones d'implantation et à contribuer à la promotion de comportements de prévention. »

Le paludisme : un frein au développement économique

Au-delà de son impact sanitaire, le paludisme représente un coût économique considérable pour le Sénégal.

En 2024, le pays a enregistré plus de 429 000 cas confirmés et 314 décès. Ces chiffres se traduisent par des pertes de productivité, des journées de travail manquées, une pression accrue sur les dépenses de santé des ménages et une diminution de la performance économique dans plusieurs secteurs stratégiques.

Dans les zones minières, pétrolières, industrielles et agricoles, la maladie affecte directement le capital humain, principale richesse des entreprises.

Pour le Représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’élimination du paludisme reste à portée de main, à condition de sécuriser les financements nécessaires.

« Le Sénégal s'est considérablement rapproché de l'objectif d'élimination du paludisme. Le principal défi demeure le financement. La diversification des sources de financement et la mise en place de mécanismes innovants représentent une opportunité majeure pour soutenir les efforts nationaux vers l’élimination. »

Un appel fort aux entreprises

Moment fort de la rencontre, l’appel à l’action lancé par l’Honorable Mariétou Dieng, Championne de la lutte contre le paludisme, a mis en lumière le rôle déterminant du secteur privé dans cette nouvelle phase de la lutte.

« J’adresse un appel tout particulier aux entreprises des secteurs extractif, industriel et financier. Vos activités participent activement à la richesse économique de notre nation. Aujourd’hui, vous avez l’opportunité historique de préserver le capital humain, première et véritable richesse du Sénégal, en ciblant les premières victimes de ce fléau : les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. »

La “ ChampionnePalu” a rajouté: “Faisons de la RSE un levier d’impact à travers une doctrine claire :

*« RSE : ZÉRO MÈRE ET ENFANT PERDUS »*. Faisons du Sénégal le laboratoire d’un partenariat public-privé qui sauve des vies. Pour garantir l'efficacité de nos actions, nous demandons instamment la mise en place d'un cadre permanent de concertation, de suivi et de redevabilité, afin de mesurer l’impact réel de chaque franc investi sur le terrain.”

Son intervention a également rappelé que l’investissement dans la lutte contre le paludisme constitue un investissement direct dans la productivité, la stabilité sociale et la croissance économique du pays.

Des engagements encourageants du secteur privé

La table ronde a permis de mettre en lumière la volonté croissante du secteur privé de contribuer à l’effort national.

Des entreprises et organisations telles que WAVE, MANAGEM/Boto SA, Woodside, BP, CANAL+ Sénégal ainsi que le Conseil pour le Développement des Entreprises du Sénégal (CDES) ont exprimé leur disponibilité à accompagner les efforts nationaux à travers des initiatives adaptées à leurs domaines d’intervention.

Plusieurs pistes d’engagement ont été évoquées, notamment :

  • Renforcement de la redevabilité et de la priorisation pour le paludisme par : 
    • la création d'un outil de suivi des finances issus du secteur privé et des collectivités territoriales en faveur de la santé;
    • une structuration du suivi citoyen en élargissant le comité de suivi à la DGS, l'ITIE, PCQVP et et le CAJUST;
    • la mise en place d 'un cadre formel entre la société civile , le Ministère de la santé, l' ITIE, Speak Up Africa et OSIDEA pour soutenir le financement de la santé au Sénégal ;
  • Promotion et prévention et financement du paludisme dans les politiques RSE en soutien au capital humain  ;
  • le Président du CDES s'est engagé à assurer une sensibilisation et Distribution d'intrants du paludisme pour 1000 PME et désignation d’un point focal paludisme dans chaque entreprise membre du CDES ;
  • La présence de Managem, WAVE Sénégal, et BP montrent l’engagement des entreprises du secteur à participer à l’élimination du paludisme ; 
  • Canal+ promet de poursuivre ses dotations en moustiquaires pour l’année 2026 là où le gap se fait ressentir ;
  • l'ITIE s'est engagé à mieux intégrer les problématiques liés au paludisme auprès des industries extractives de la zone portant la plus forte charge morbide (KKT); à restituer dans les antennes régionales les priorités du Paludisme et à intégrer les recommandations de financement prioritaire en faveur du paludisme dans le prochain rapport qui sera adressé au Président de la République.

L’exemple de CANAL+ Sénégal a été particulièrement salué. Depuis 2021, l’entreprise accompagne les initiatives de lutte contre le paludisme à travers son partenariat avec Speak Up Africa. Cet engagement s’est traduit notamment par l’acquisition de moustiquaires destinées aux daaras de Touba, la remise de vélos aux Dispensateurs de Soins à Domicile (DSDOM), ainsi que la diffusion de campagnes de sensibilisation auprès du grand public. À l’échelle africaine, le Groupe CANAL+ a contribué à hauteur de plus de 1,5 million de dollars aux efforts de lutte contre le paludisme.

Vers un nouveau pacte national pour l’élimination du paludisme , mais surtout pour l’atteinte de la couverture sanitaire universelle

Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé autour de la nécessité d’institutionnaliser le dialogue entre l’État, le secteur privé, les collectivités territoriales et la société civile afin d’accélérer la mobilisation des ressources domestiques.

L’OMS et la DGS n’ont pas manqué de rappeler leur satisfaction quant à la prise en compte de la couverture sanitaire universelle dans les pistes d’engagements du secteur privé , qui permettra de ne laisser personne en rade et d’améliorer l’indice de couverture sanitaire universelle directement corrélé au taux d’incidence des maladies prioritaires dont le Paludisme.  

Les participants ont réaffirmé leur volonté de travailler à la mise en place d’un cadre de concertation durable, à l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle et à la formalisation d’engagements concrets pour soutenir la mise en œuvre du Plan Stratégique National pour l’Élimination du Paludisme 2026-2030.

Plus qu’une question de santé, l’élimination du paludisme apparaît désormais comme un choix stratégique pour l’avenir économique du Sénégal.

À l’horizon 2030, le succès de cette ambition dépendra de la capacité de l’ensemble des acteurs à transformer les engagements exprimés aujourd’hui en investissements durables au service des populations les plus exposées et du développement du pays.