Paru sur Africa.com, le 16 juillet 2026
Fatma Samba Diouf Samoura, ancienne Secrétaire Générale de la FIFA, et Hicham El Amrani, ancien Secrétaire Général de la Confédération Africaine de Football (CAF)
L'Afrique s'est présentée à la Coupe du Monde FIFA cette année avec 10 équipes : le Sénégal, le Maroc, l'Égypte, le Ghana, l'Algérie, la Tunisie, la Côte d'Ivoire, le Cap-Vert, l'Afrique du Sud et la République démocratique du Congo. C'est la plus grande délégation de l'histoire du continent, portée par une performance collective retentissante sur la scène mondiale. Pourtant, sur le continent, un adversaire bien plus ancien attend toujours, le paludisme. Face à lui, l'Afrique perd un enfant presque chaque minute.
Ce que le football et l'élimination du paludisme ont en commun
La conviction, les investissements et l'engagement qui ont permis à 10 nations africaines de fouler la scène mondiale et à presque toutes de franchir la phase de groupes doivent désormais être dirigés vers l'élimination du paludisme, l'un des adversaires les plus anciens et les plus meurtriers du continent. L'Afrique représente 95 % des cas de paludisme et des décès qui y sont liés à l'échelle mondiale, les enfants de moins de cinq ans constituant 75 % de ces victimes. En 2024 seulement, 610 000 personnes sont mortes du paludisme une maladie pourtant évitable et traitable.[1]
Nous avons tous deux consacré des décennies au développement du football africain. Nous avons vu des communautés entières se mobiliser autour d'un jeune talent, des fédérations se réformer, des gouvernements investir dans des infrastructures sportives comme priorité nationale. Le football que le monde admire aujourd'hui est le fruit de cette conviction collective et de cet effort partagé. Nous sommes convaincus que cette même énergie, dirigée vers l'élimination du paludisme, peut transformer le continent.
Avec plus d'un quart de siècle d'expérience cumulée dans le football, nous avons compris que ce jeu dépasse de loin ce qui se passe pendant les quatre-vingt-dix minutes sur le terrain.
Comment l'Afrique se prépare face à son adversaire le plus coriace
De la même manière, la certification d'élimination du paludisme obtenue par l'Algérie et le Cap-Vert, respectivement en 2019 et 2024, a été rendue possible par un engagement politique national durable et des investissements soutenus dans les systèmes de santé. De même, l'augmentation du financement national et l'engagement politique constant en faveur d'infrastructures sanitaires solides au Sénégal et au Maroc montrent ce qui est possible. Le Sénégal a mis en place des systèmes de santé communautaires capables d'atteindre des foyers situés à au moins cinq kilomètres d'un établissement de santé, surmontant les obstacles à l'accès aux soins pour apporter le diagnostic et le traitement jusqu'au domicile. Le Maroc a éliminé la transmission locale du paludisme grâce à des investissements soutenus et à la surveillance épidémiologique, avec la même détermination qui lui a permis de se qualifier pour plusieurs Coupes du Monde.
De la même manière, la certification « sans paludisme » obtenue respectivement par l’Algérie et le Cap-Vert en 2019 et 2024 a été rendue possible grâce à un engagement politique national soutenu et à des investissements dans les systèmes de santé. De même, l’augmentation des financements nationaux et l’engagement politique constant en faveur d’infrastructures sanitaires solides au Sénégal et au Maroc montrent ce qu’il est possible de réaliser. Le Sénégal a mis en place des systèmes de santé communautaires capables d’atteindre les foyers situés dans des villages à au moins 5 km d’un établissement de santé, surmontant ainsi les obstacles aux soins et permettant d’assurer le diagnostic et le traitement au niveau des foyers. Le Maroc a éliminé la transmission locale du paludisme grâce à des investissements et à une surveillance soutenus, avec la même détermination que celle qui lui a permis de se qualifier pour plusieurs Coupes du monde.
Les gouvernements doivent montrer la voie. Le secteur privé doit suivre.
Les gouvernements africains doivent financer leurs propres stratégies d'élimination du paludisme à partir de ressources nationales. Ils doivent exercer un leadership qui aligne l'ensemble des partenaires derrière un plan national assorti de mécanismes de redevabilité accessibles au public. Cela implique des augmentations progressives du financement national de la santé et des politiques qui se traduisent concrètement par une main-d'œuvre en meilleure santé et une économie plus productive.
Mais le financement national seul ne peut combler le déficit. Les marques dont les logos apparaissent sur les maillots, les panneaux publicitaires et les retransmissions de cette Coupe du Monde ont, elles aussi, un intérêt direct dans le talent africain, les supporters et les marchés commerciaux qu'offre le continent. Par ailleurs, les entreprises opérant à travers l'Afrique dans les secteurs minier, hôtelier, agricole, des télécommunications et des services financiers dépendent d'une main-d'œuvre vivant dans des communautés endémiques au paludisme, et d'une base de consommateurs dont la participation économique est directement freinée par cette maladie.
Il existe un rôle essentiel pour le financement privé dans la lutte contre le paludisme. Les entreprises qui investissent dans le football africain savent reconnaître le potentiel quand elles le voient. Elles financent des académies, des stades et des compétitions parce qu'elles croient au talent africain et aux marchés que représente le continent. Elles devraient avoir la même ambition pour la santé.
Éliminer le paludisme, c'est investir. Une Afrique libérée du paludisme serait plus productive, plus prospère et plus résiliente. Selon les estimations, en mettant fin au paludisme d'ici 2030, le continent pourrait générer jusqu'à 231 milliards de dollars de richesse supplémentaire.[2] L'Afrique a besoin de cette même détermination qui l'a menée jusqu'ici, jusqu'à la Coupe du Monde, pour vaincre le paludisme. Zéro paludisme, c'est possible. Et comme pour la Coupe du Monde, tout commence par y croire.
[1] https://www.who.int/teams/global-malaria-programme/reports/world-malaria-report-2025
[2] https://www.undp.org/africa/blog/why-it-time-rewrite-africas-malaria-story