Pourquoi nous devons coopérer pour faire face à la crise de l'eau

Pourquoi nous devons coopérer pour faire face à la crise de l'eau
« L'humanité a le choix : coopérer ou périr ». Cet appel lancé par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, en marge de la COP 27 reste d'actualité à l'heure où s'ouvre, ce mercredi à New York, la Conférence des Nations unies sur l'eau 2023. À sept ans de l'échéance des Objectifs de développement durable, nous sommes encore loin d'avoir assuré à tous un accès universel et équitable à une eau potable sûre et abordable.

Trois personnes sur dix dans le monde n'ont toujours pas accès à l'eau potable, une ressource vitale ! En Afrique subsaharienne, on estime que près d'un demi-milliard de personnes sont confrontées chaque jour à une pénurie d'eau et que plus de 700 millions de personnes n'ont pas accès à des installations sanitaires améliorées.

En conséquence, des centaines de millions de vies sont menacées par des maladies infectieuses ? des maladies dues au manque d'eau, d'assainissement et de services d'hygiène, et des secteurs économiques clés tels que l'agriculture, la pêche et l'exploitation minière sont gravement touchés. Chaque année, l'Afrique subsaharienne perd 5 % de son produit intérieur brut en raison de la pénurie d'eau.

Propriété partagée

Pourtant, cette ressource existe bel et bien. Qu’il s’agisse d’eaux souterraines ou de surface, notre continent dispose d’importantes ressources communes qui peuvent contribuer à répondre aux besoins actuels et futurs de nos populations. Comme l’a si bien rappelé le président Macky Sall lors du lancement de l’Initiative « Eau, paix et sécurité » en 2015, à New York : « L’eau est source de vie et de bien-être lorsque son utilisation passe par la coopération et le partage ».

Le fleuve Sénégal, ressource commune à la Guinée, au Mali, à la Mauritanie et au Sénégal, en est un parfait exemple. En créant l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) il y a plus de 50 ans, nos pays ont très tôt compris que la coopération est un gage de paix, de cohésion sociale et de développement intégré pour nos communautés. La gestion concertée de ce patrimoine a joué un rôle considérable dans les progrès réalisés en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement dans nos pays au cours des dernières décennies. Au Sénégal, par exemple, la vision d'un bien-être amélioré et d'une prospérité partagée - portée par le Plan Sénégal Émergent - a conduit à un accès à l'eau estimé à 95,1 % en milieu rural et 98,8 % en milieu urbain d'ici 2022 ; et à un accès à l'assainissement estimé à 89,8 % en milieu urbain et 59,7 % en milieu rural. Aujourd'hui plus que jamais, la coopération doit être notre arme aux niveaux national, régional et mondial pour relever les multiples défis auxquels nous sommes confrontés dans la réalisation de l'accès universel à l'eau et à l'assainissement.

Défis

Le manque d'eau potable et de services d'assainissement dans de nombreuses régions du monde est une menace pour tous. Nous savons désormais que la santé, la sécurité, les migrations et les crises humanitaires sont intimement liées à la sécurité de l'eau et de l'assainissement. Le stress hydrique, les inondations et les mouvements de population induits par le changement climatique augmentent le risque d'épidémies et menacent notre sécurité alimentaire. Plus important encore, la rareté des financements durables pour les services d'eau et d'assainissement aux niveaux mondial et régional menace de saper les progrès réalisés jusqu'à présent. Dans ce contexte, il est essentiel que nous travaillions ensemble pour combler le fossé en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement entre les communautés, les États et les régions du monde. À cette fin, nous devons élaborer des politiques en matière d'eau et d'assainissement qui soient conçues et mises en œuvre dans une optique de coopération. Cela vaut également pour l'hygiène et l'assainissement, qui ne peuvent être dissociés des questions liées à l'eau.

Un "BLUE DEAL" pour la sécurité de l'eau et l'assainissement pour la paix et le développement

La Déclaration de Dakar adoptée lors du 9e Forum mondial de l’eau en mars 2022, intitulée « Un “BLUE DEAL” pour la sécurité de l’eau et l’assainissement au service de la paix et du développement », a déjà ouvert la voie. En soulignant la nécessité urgente de renforcer la coopération bilatérale et multilatérale, la Déclaration de Dakar met notamment en avant l’importance de garantir le droit à l’eau et à l’assainissement grâce à des mécanismes de financement innovants, tant publics que privés. Cette déclaration a ainsi posé les bases du Dialogue interactif n° 4 sur le thème « L’eau pour la coopération », que le Sénégal a eu l’honneur de coprésider avec la Confédération suisse lors de la conférence qui vient de s’achever à New York. Le Sénégal a apporté la contribution et la position commune de l’Afrique en mettant en perspective le « Blue Deal » approuvé par le Comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW).  À cette occasion, le Sénégal a également souligné l’importance de la coopération transfrontalière et intersectorielle dans le domaine de l’eau, ainsi que la place de l’eau dans la réalisation des objectifs de développement durable.

C'est grâce à cette coopération entre les gouvernements, la société civile, le secteur privé et les autres acteurs du secteur de l'eau et de l'assainissement que nous pourrons faire face, ensemble, aux défis climatiques, économiques et sanitaires qui dépassent nos frontières.

Cet article d'opinion a été publié à l'origine sur :

Africa.com en anglais
Jeune Afrique en français