À Kédougou, les acteurs des secteurs de la santé et des mines s'engagent pour mobiliser des ressources en vue de l'élimination du paludisme

À Kédougou, les acteurs des secteurs de la santé et des mines s'engagent pour mobiliser des ressources en vue de l'élimination du paludisme

La Déclaration de Kédougou pose les bases d'un partenariat plus coordonné entre les sociétés minières, les collectivités locales et les acteurs du secteur de la santé.

Kédougou, Sénégal — 21 octobre 2026

Comment mieux mobiliser les ressources générées par l’activité économique locale afin d’accélérer l’élimination du paludisme ? Telle était la question centrale abordée par les 64 participants qui se sont réunis à Kédougou le 21 octobre 2026 à l’occasion du Forum local sur la mobilisation des ressources nationales pour l’élimination du paludisme.

Organisé par Speak Up Africa en partenariat avec la Fondation Endeavour Mining, le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), l’Observatoire de suivi des indicateurs de développement économique en Afrique (OSIDEA) et des acteurs locaux, cette renconre s'est tenue sous la présidence de Monsieur Mouhamadoul Moustapha Gueye, adjoint au gouverneur de la région de Kédougou.

Réunissant des autorités administratives et sanitaires, des sociétés minières, des collectivités locales et d’autres acteurs du développement, ce forum avait un objectif commun : renforcer les synergies entre les secteurs public et privé et mieux orienter les ressources disponibles vers les priorités sanitaires des communautés locales.

Ces discussions ont abouti à l'adoption de la Déclaration de Kédougou, qui définit six priorités stratégiques visant à renforcer la mobilisation des ressources nationales, à améliorer la coordination des interventions et à favoriser un suivi plus transparent des investissements dans le domaine de la santé.

Kédougou : une région stratégique pour l'élimination du paludisme

Malgré les progrès réalisés par le Sénégal dans la lutte contre le paludisme, la région de Kédougou reste l'un des principaux foyers de transmission de la maladie dans le pays. En 2025, 61 482 cas ont été recensés dans la région, soit environ un quart de l'ensemble des cas confirmés à l'échelle nationale. Sept décès liés au paludisme ont également été signalés, contre 14 en 2024.

Cette situation met en évidence plusieurs défis, notamment l'accès limité aux services de santé dans certaines communautés, la mobilité de la population liée aux activités minières et à l'exploitation artisanale de l'or, ainsi que des besoins persistants en matière de prévention et de prise en charge des cas.

Dans son allocution, le Dr Niène Seck, directeur régional de la santé de Kédougou, a souligné que le paludisme restait un enjeu majeur de santé publique malgré les efforts déployés par le gouvernement et ses partenaires. Il a mis en avant la manière dont les contributions des sociétés minières au financement de la santé, en particulier à la lutte contre le paludisme, pourraient soutenir l’orientation stratégique du Programme national de lutte contre le paludisme, qui vise à éliminer la maladie d’ici 2030.

Parmi les principales priorités sanitaires présentées lors du Forum figuraient la garantie d'un approvisionnement continu en moustiquaires imprégnées d'insecticide, le renforcement de la communication visant à modifier les comportements, le renforcement des capacités des professionnels de santé et la mise en œuvre de la chimioprévention saisonnière du paludisme chez les enfants âgés de trois mois à 10 ans.

La protection des femmes enceintes et le renforcement de la prise en charge communautaire constituent également des priorités essentielles. Dans les zones éloignées des établissements de santé, les services de prise en charge du paludisme à domicile (PECADOM), les agents de santé communautaires appelés « dispensateurs de soins à domicile » (DSDOM) et les postes de santé communautaires jouent un rôle essentiel dans la promotion du dépistage précoce et du traitement rapide.

Ces priorités soulignent la nécessité d'orienter les contributions disponibles vers des interventions fondées sur des besoins sanitaires avérés et sur la situation spécifique des communautés locales.

Mieux coordonner les investissements du secteur minier

Dans une région où les industries extractives jouent un rôle prépondérant dans l'économie, les sociétés minières ont le potentiel de devenir des partenaires clés pour renforcer le financement de la santé. Leurs investissements communautaires et leurs programmes de responsabilité sociale des entreprises (RSE) soutiennent déjà toute une série d'initiatives locales.

Le défi consiste désormais à mieux aligner ces interventions sur les priorités identifiées par les autorités sanitaires et les collectivités locales, afin d'améliorer leur complémentarité et les résultats pour les communautés.

S'exprimant lors du Forum, M. Mouhamadoul Moustapha Gueye, vice-gouverneur de Kédougou, a appelé à une mobilisation accrue en faveur du secteur de la santé.

« Aujourd’hui, nous appelons à un renforcement des investissements dans le secteur de la santé, à un soutien accru et à une meilleure coordination des interventions afin que les communautés puissent en ressentir plus clairement les effets », a-t-il déclaré.

Il a notamment encouragé les sociétés minières à poursuivre leurs efforts en matière de responsabilité sociale des entreprises, tout en veillant à ce que leurs initiatives soient mieux alignées sur les priorités de développement identifiées par les autorités locales et les communautés.

Le secteur privé a également fait part de sa volonté de renforcer la coordination. Kantome Saleh Ndiaye, responsable des affaires publiques et des partenariats chez Endeavour Mining, l'exploitant de Sabodala Gold Operations Sénégal (SGO), s'est félicité de la tenue de ce forum et de l'occasion qu'il offrait de rapprocher les acteurs du secteur extractif.

« L'idée aujourd'hui est de créer des synergies entre les actions menées chaque année par les sociétés minières », a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que les entreprises minières investissaient déjà dans les communautés locales, notamment dans le cadre de leurs stratégies de responsabilité sociale des entreprises. Une meilleure coordination de ces efforts autour des priorités sanitaires pourrait contribuer à renforcer leur impact et à accélérer les progrès vers l'élimination du paludisme.

Endeavour Mining, par l'intermédiaire de Sabodala Gold Operations (SGO), de Petowal Mining Company (PMC) et de Boya SA, a pris part aux discussions.

Un baromètre pour mieux suivre les investissements dans le domaine de la santé

L'un des moments forts du Forum a été la présentation et la discussion autour d'un outil conçu pour suivre les investissements du secteur minier dans le domaine de la santé. Cet outil vise à améliorer la visibilité sur les contributions des entreprises et sur la manière dont celles-ci répondent aux besoins prioritaires des communautés locales.

Les entreprises participantes ont manifesté un vif intérêt pour cet outil, qu’elles considèrent comme un moyen de renforcer la confiance dans les initiatives d’investissement dans le domaine de la santé. Grâce à une meilleure visibilité sur les priorités sanitaires, les domaines cibles et les interventions prévues, les entreprises seront mieux à même d’identifier les possibilités d’actions complémentaires et d’évaluer la pertinence des initiatives proposées.

Ce baromètre a donc pour objectif de faciliter le dialogue entre les entreprises, la Direction régionale de la santé, les circonscriptions sanitaires et les autres parties prenantes, en s'appuyant sur des informations susceptibles d'étayer la prise de décision.

Sa mise en œuvre nécessitera de préciser davantage les indicateurs, les responsabilités en matière de collecte et de vérification des données, les modalités d'accès aux données ainsi que les règles relatives au partage d'informations. Les données spécifiques à chaque entreprise doivent rester confidentielles, et toute publication de ces informations sera soumise à la validation préalable des entreprises concernées.

Le Forum a également lancé des discussions sur les moyens de mieux rendre compte des contributions des entreprises minières en matière de santé grâce aux mécanismes de transparence et de reporting de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) au Sénégal.

Cette réflexion devra se poursuivre avec les institutions concernées afin d’explorer les possibilités offertes par les mécanismes existants, conformément au mandat de l’ITIE et aux cadres de reporting applicables. Elle vise également un objectif plus large : accroître la visibilité des contributions, améliorer la transparence et renforcer la confiance dans les investissements du secteur extractif qui profitent aux communautés locales.

La Déclaration de Kédougou : six priorités pour passer du dialogue à l'action

À l'issue des débats, les participants ont adopté la Déclaration de Kédougou, dans laquelle ils se sont engagés à poursuivre le dialogue et à faire de la mobilisation des ressources nationales un moteur des progrès vers l'élimination du paludisme.

La Déclaration identifie six domaines prioritaires :

  • Faire de l'élimination du paludisme une priorité territoriale en intégrant davantage les besoins sanitaires dans les plans de développement locaux et les programmes d'investissement.
  • Renforcer la mobilisation et l'utilisation des ressources nationales en explorant les mécanismes de financement existants et les possibilités de diversification des sources de financement.
  • Renforcer la contribution du secteur extractif en encourageant les sociétés minières à poursuivre leurs initiatives et à les aligner sur les priorités en matière de santé.
  • Renforcer la transparence et le suivi des investissements dans le domaine de la santé grâce à un outil de suivi adapté et à une réflexion approfondie sur les mécanismes de rapport existants.
  • Promouvoir une gouvernance inclusive et coordonnée en renforçant le dialogue entre les autorités sanitaires, les collectivités locales, les entreprises, la société civile, les communautés et les partenaires.
  • Élaborer une feuille de route opérationnelle définissant les actions prioritaires, les zones et les populations cibles, les indicateurs de suivi et les modalités de coordination.

La Déclaration appelle à la poursuite des consultations en vue d'élaborer une feuille de route régionale et prévoit une première réunion de suivi technique au cours du premier trimestre 2027.

Les responsabilités, les délais et les modalités de mise en œuvre devront être confirmés par les parties concernées, conformément aux procédures de validation de chaque institution et de chaque entreprise. La déclaration ne constitue donc pas un engagement financier automatique ni une obligation pour les entreprises de mettre en commun leurs budgets.

Construire des partenariats durables pour un Kédougou sans paludisme

Pour Speak Up Africa, le Forum de Kédougou souligne l'importance du dialogue entre les pouvoirs publics, les acteurs du secteur de la santé, le secteur privé et les communautés pour renforcer la mobilisation des ressources nationales.

Le défi ne consiste pas simplement à mobiliser davantage de ressources, mais aussi à mieux coordonner celles qui existent déjà, à les orienter vers les besoins prioritaires et à suivre les résultats obtenus.

En favorisant une meilleure adéquation entre les investissements du secteur minier et les priorités régionales en matière de santé, cette initiative ouvre la voie à des possibilités de collaboration visant à soutenir des interventions plus cohérentes, mieux ciblées et durables.

La Déclaration de Kédougou jette ainsi les bases d'un processus de consultation continu, la prochaine étape consistant à traduire les priorités convenues en actions concrètes dont la mise en œuvre pourra être suivie au fil du temps.

Ensemble, mobilisons nos ressources, coordonnons nos efforts et évaluons nos progrès vers un Kédougou sans paludisme.