Au milieu de « la plus grande perturbation du financement mondial de la santé dont on se souvienne », l'Afrique peut et doit s'adapter et mener une refonte complète de l'architecture mondiale de l'aide à la santé.
Les graves contraintes financières qui pèsent sur les pays donateurs traditionnels, combinées à des priorités mondiales concurrentes et à des menaces croissantes pour la sécurité, font qu'il est très probable que la récente réduction des dépenses ne soit que le début d'une nouvelle norme.
Cette nouvelle normalité exige de repenser fondamentalement la réactivité, la flexibilité et la capacité de l'architecture mondiale d'aide sanitaire, ainsi que sa capacité à s'aligner sur les priorités nationales. Elle exige également d'évaluer honnêtement dans quelle mesure elle rend nos systèmes de santé dépendants de l'aide et, par conséquent, vulnérables à l'environnement politique et économique des pays donateurs.
Les gouvernements africains consacrent moins de 10 % de leur PIB à la santé, ce qui représente une dépense en capital de 4,5 milliards de dollars américains, bien en deçà des 26 milliards de dollars américains d'investissement annuel estimés nécessaires pour répondre aux besoins sanitaires en constante évolution.
L'Afrique se concentre désormais exclusivement sur la transition qui lui permettra de s'affranchir de sa dépendance historique vis-à-vis des financements internationaux et des cadres politiques externes, afin de mettre en place des systèmes de santé résilients, fondés sur sa souveraineté sanitaire et sa responsabilité. Pour l'Afrique, cela signifie réaffirmer une vérité fondamentale : le développement doit être impulsé de l'intérieur, ancré dans les réalités communautaires et soutenu par une gouvernance inclusive des financements nationaux.
Souveraineté sanitaire et responsabilité
Conscient que «l'Afrique ne peut continuer à externaliser sa sécurité sanitaire », le Dr Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, exhorte les gouvernements à respecter la Déclaration d'Abuja en allouant au moins 15 % des budgets nationaux à la santé, en introduisant des idées de financement innovantes telles que des taxes de solidarité sur les billets d'avion, l'alcool et les services mobiles, tout en explorant comment les 95 milliards de dollars américains versés chaque année par la diaspora africaine peuvent soutenir les priorités nationales en matière de santé.
Les États membres ont pris les rênes en élaborant un plan visant à remettre l'Afrique sur la voie de la souveraineté sanitaire. Le plan de relance d'Accra fournit un cadre de responsabilité dirigé par l'Afrique pour une architecture de gouvernance sanitaire repensée, qui aligne les plans nationaux sur les engagements multilatéraux et s'appuie explicitement sur la déclaration d'Abuja et l'agenda de Lusaka. Il prévoit que les pays prennent en charge leur propre financement de la santé et s'engagent dans des partenariats mondiaux équitables afin de garantir à tous l'accès aux soins de santé, indépendamment de leur lieu de résidence ou de leur statut social, en s'appuyant sur des solutions locales. En substance, il consigne officiellement et dans un délai précis la vision de l'Afrique en matière de souveraineté sanitaire.
Le développement de l'Afrique doit être guidé par des solutions africaines
Le soutien aux solutions locales est l'une des caractéristiques du travail de Speak Up Africa. Nous aidons les communautés à prendre les devants, les institutions à agir et les idées à s'imposer, afin que le progrès soit pris en charge, financé et pérennisé au sein même du continent.
L'année dernière, notre événement phare, Speak Up Africa Day, a célébré le leadership africain, la valeur des solutions locales et la promotion de l'action collective en faveur de la santé et du développement durable. Il a réuni des décideurs, des partenaires techniques, des représentants du secteur privé et de la société civile, qui ont lancé un appel à l'action en faveur d'un leadership africain confiant, d'une responsabilité accrue et d'une mobilisation des ressources nationales.
African Voices of Science (AVoS) est un autre exemple de solutions africaines. En amplifiant la voix, les recherches et les perspectives des chercheurs et des experts en santé africains, cette initiative accroît la visibilité, influence les politiques et stimule les investissements dans des solutions de santé menées par l'Afrique, ce qui est essentiel pour la souveraineté sanitaire et la résilience à long terme du continent.
Le prochain chapitre
L'objectif final de cette grande transition, qui ne fait que commencer, est de mettre en place des systèmes de santé résilients à travers l'Afrique. Même si 2025 a été une année décisive pour nous engager dans cette voie, il reste encore beaucoup à faire.
Speak Up Africa reste plus que jamais déterminé à amplifier et à soutenir les personnes, les institutions et les idées qui définiront un avenir sain, plus équitable, résilient et indépendant pour chaque habitant du continent.
Nous avons discuté, nous avons planifié, nous avons rédigé les stratégies : 2026 est l'année de l'action.