Lettre ouverte aux dirigeants africains

Déclaration • 10 December 2021

Nous, Voix africaines de la science, notons que la pandémie de la COVID-19 a plus que jamais démontré l’importance de la science dans nos sociétés modernes. La science s’est avérée être notre outil le plus vital pour mieux connaitre le virus mais aussi déterminer comment mieux répondre à la crise.

Bien que l’Afrique totalise près de la moitié des décès mondiaux dus aux maladies transmissibles, l’Afrique subsaharienne ne représente qu’environ 1% de la production scientifique mondiale. Cette situation est inacceptable.

Aujourd’hui, 615 millions d’Africains n’ont pas un accès suffisant à des soins de santé de qualité. Combinée à la hausse exponentielle des coûts des soins de santé, cette situation est en train de pousser le continent à son point de rupture. Nous avons besoin de toute urgence d’une plus grande proactivité et d’une plus grande responsabilisation des gouvernements africains si nous voulons résoudre notre déficit croissant en matière de soins de santé et répondre rapidement et efficacement aux futures menaces sanitaires.

Aujourd’hui, en marge du Forum Galien Afrique, nous appelons les gouvernements, les agences multilatérales et les entreprises à accroître de toute urgence les investissements dans la recherche et développement en matière de santé, afin d’améliorer la qualité et l’accessibilité de nos systèmes de santé. En tant que scientifiques, nous demandons les mesures suivantes :

  • Renforcer l’accès aux données de santé publique

En Afrique, la désinformation affecte tout particulièrement les sciences, l’innovation et la recherche et le développement.Een accentuant l’hésitation à se faire vacciner et en empêchant le développement et l’adoption de nouveaux outils et l’efficacité de la surveillance des maladies, les conséquences de la désinformation se ressentent dans le cadre de la lutte contre la COVID-19. Nous appelons donc les dirigeants africains à investir pour rendre les données sanitaires les plus cruciales accessibles aux 1,2 milliard de citoyens africains, afin de s’attaquer à la crise de la désinformation qui constitue un obstacle à la bonne santé de notre continent.

  • Investir localement dans les capacités scientifiques et de production

Malgré la nature mondiale de la pandémie, les solutions développées à l’échelle globale ne sont pas universelles ou applicables de manière cohérente à des régions comme l’Afrique. Il est de plus en plus évident que les pays disposant d’une infrastructure d’innovation bien établie réagissent aux crises de manière plus rapide et plus décisive, et que l’investissement dans le développement de ces fondations est crucial pour élaborer des solutions efficaces. Ce sont les africains qui savent comment résoudre les plus grands problèmes du continent et, à ce titre, nous avons besoin que les dirigeants investissent dans les laboratoires, les infrastructures et les technologies locales pour s’assurer que nous puissions répondre efficacement aux menaces sanitaires actuelles et futures de nos communautés.

  • Investir dans l’éducation

Pour venir à bout de la crise sanitaire en Afrique, il est essentiel d’investir dans l’avenir, et l’éducation est la pierre angulaire de cet objectif. Nous devons former la prochaine génération de scientifiques et veiller à promouvoir les membres de nos communautés les plus négligés, notamment les femmes, afin de parvenir à une représentation égalitaire à tous les niveaux. Les dirigeants africains doivent augmenter les investissements dans l’enseignement et l’éducation, afin de porter la future génération de scientifiques, de médecins, d’infirmières et de professionnels de la santé.

  • Élargir l’accès aux médicaments et aux vaccins essentiels

La COVID-19 a démontré l’importance d’accroître l’accès aux médicaments de qualité et a mis en évidence le sous-investissement dans la R&D pour les diagnostics médicaux, la capacité à développer et à fabriquer des tests étant inégalement répartie dans le monde. Les experts africains doivent être à l’avant-garde du développement de nouvelles solutions de test qui répondent à nos besoins et sont numériquement connectées aux systèmes de santé pour soutenir les voies de traitement et renforcer la surveillance des maladies. Des organisations comme l’Agence africaine des médicaments (AMA) cherchent également à renforcer les cadres réglementaires afin d’élargir l’accès à des médicaments efficaces, sûrs et de qualité pour tous. Les dirigeants africains doivent s’engager auprès de l’AMA et d’autres cadres réglementaires si nous voulons réussir à transformer l’accessibilité des soins de santé sur le continent.

  • Intensifier la transformation numérique de l’Afrique

L’histoire a démontré que les crises peuvent entraîner des changements transformateurs, et la crise de la COVID-19 confirme cette règle. En raison de la pandémie et des stratégies de distanciation physique, nous avons assisté à une accélération de la transformation numérique de l’Afrique, qui était auparavant à la traîne. Après l’année écoulée, on ne peut nier l’importance des données et de la surveillance pour cibler les ressources et adapter notre réponse à la maladie. Pour parvenir à un système de santé efficace, les gouvernements africains et le secteur privé doivent continuer à investir dans la technologie et l’innovation numérique.

  • Renforcer la coopération scientifique régionale

La COVID-19 a illustré la nécessité d’une coopération entre les pays et les régions, ainsi que l’incapacité d’une seule nation à assurer sa propre sécurité sanitaire en isolation. Il est impératif que les gouvernements africains deviennent les champions de la coopération régionale, qui permettra non seulement d’améliorer les connaissances scientifiques mais aussi de favoriser le développement durable sur le continent. La création de réseaux scientifiques et la facilitation de l’accès à l’information scientifique seront également essentielles à la constitution d’une base de recherche africaine solide et intégrée à la communauté scientifique internationale.


Au cours des dernières années, et de manière collective, nous avons réalisé d’importants progrès, généré des innovations qui prépareront mieux l’Afrique aux futures épidémies et qui nous permettront de relever les défis sanitaires actuels. 

L’échéance des Objectifs de développement durable des Nations unies pour 2030 se rapproche. Si nous voulons parvenir à l’équité mondiale en matière de santé au cours des huit prochaines années, il est impératif que l’Afrique investisse dans la R&D ciblée en matière de santé. Nous avons un besoin immédiat de coopération, d’investissement et d’action de la part de nos dirigeants ; l’avenir de l’Afrique en dépend. 

Liste des signataires :

  1. Professeur Elizabeth Bukusi, responsable de la recherche à l’Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI), Kenya.
  2. Georgina Odaibo, chef du département de virologie de l’université d’Ibadan, Nigeria.
  3. Christian Happi, professeur de biologie moléculaire Université Redeemers, Nigeria
  4. Dr. Clement Meseko, Institut national de recherche vétérinaire Jos, Nigeria
  5. Prof. Glenda Gray, présidente et directrice générale du Conseil sud-africain de la recherche médicale (SAMRC), Afrique du Sud.
  6. Dr Carol Benn, spécialiste des maladies du sein, Afrique du Sud
  7. Pr Abdou Salam Fall, Coordinateur du Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales (LARTES – IFAN), Sénégal
  8. Pr Samba Sow, Directeur du Centre de Développement des Vaccins du Mali, Mali
  9. Dr. Neema Kaseje, chirurgien, Médecins Sans Frontières, Kenya
  10. Prof. Oyawale Tomori, professeur de virologie, ancien vice-chancelier de l’université Redeemers, Nigeria.

À propos de Voix Africaines de la Science 

Les Voix africaines de la science est une initiative menée par Speak Up Africa qui rassemble des scientifiques, des chercheurs et des experts de la santé de toute l’Afrique afin d’encourager un débat public ouvert sur les principaux défis et solutions en matière de santé sur le continent. En amplifiant des voix crédibles qui peuvent parler en faveur de la recherche et du développement et changer le récit sur la COVID-19 en Afrique, l’initiative vise à souligner l’importance d’augmenter l’investissement dans le secteur de la recherche et du développement en Afrique tout en renforçant la confiance dans l’innovation en matière de santé. 

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