Les inégalités de genre face au paludisme : pourquoi l’engagement du secteur privé n’a jamais été aussi important

08 March 2021

Par Marie-Jeanne Yago, Directrice de la banque commerciale d’Ecobank Burkina Faso

Le paludisme. L’un de nos plus vieux ennemis, cette maladie continue de dévaster les communautés d’Afrique, et frappe le plus durement les plus vulnérables. Bien que des progrès remarquables aient été réalisés dans la lutte contre le paludisme ces dernières années, plus de 400 000 personne décèdent chaque année de cette maladie qui peut pourtant être traitée et évitée.

Ce qui rend cette maladie encore plus dévastatrice à mes yeux, c’est qu’elle touche de manière disproportionnée les femmes et les enfants. Bien que le paludisme ne soit pas à proprement parler une maladie sexospécifique, les circonstances socio-économiques font qu’elle affecte les femmes très différemment des hommes. C’est pourquoi l’impact est souvent plus sévère pour les femmes, et plus encore pour les femmes enceintes. Plus précisément en Afrique, en 2019, sur les 33 millions de femmes enceintes vivant dans 33 pays, 35 % (soit 12 millions) ont été exposées à une infection palustre durant leur grossesse[1]. Les femmes enceintes ont en effet un risque accru de développer un paludisme grave, et le bébé tout comme la mère peuvent tous deux connaître de graves complications.

Cette année encore, le Burkina Faso, à l’image des autres pays du monde célébrerons la Journée internationale de la femme la semaine prochaine. Placée au niveau international sous le thème  » « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 », au niveau national le thème choisi est : « Inclusion financière par le numérique pour un développement économique de la femme : défis et perspectives ».

Ces deux thématiques nous interpellent et nous donnent l’opportunité d’alerter et d’interpeller sur la nécessité de se mobiliser contre le paludisme et pour prévenir son impact disproportionné sur les femmes du monde entier et du Burkina Faso. Le paludisme met en péril la vie, l’éducation et le potentiel des femmes et nous devons prendre position pour éliminer cette maladie discriminatoire et empêcher des millions de femmes d’en souffrir.

Aujourd’hui, la bataille contre la COVID-19 freine la lutte contre le paludisme et pèse lourdement sur les systèmes de santé de notre continent. C’est pourquoi il est plus qu’urgent d’agir et de réunir les ressources financières nécessaires pour soutenir les actions en faveur de l’élimination du paludisme et éviter des millions de décès évitables dans toute l’Afrique.

Malgré les efforts en cours pour lutter contre le paludisme, mon pays d’origine, le Burkina Faso, fait partie des dix pays les plus impaludés au monde et l’on peut y constater les effets disproportionnés de cette maladie sur les femmes, avec un taux d’exposition au paludisme pendant la grossesse de 30 % ou plus en 2019[2]. Les inégalités de genres expliquent en grande partie l’impact disproportionné qu’à le paludisme sur les femmes. Celles-ci sont souvent dépendantes de leur mari pour accéder au traitement, aussi bien pour elles-mêmes que pour leurs enfants. Ces questions de genre affectent non seulement l’accès aux soins de santé, mais faussent également le nombre de cas de paludisme déclarés par les femmes, dans la mesure où elles hésitent souvent à se rendre dans les centres de santé.

Dans le rapport sur l’état de la santé au Burkina (2019) on note qu’entre 2015 et 2017, la part du budget de l’Etat consacré à la santé se situait autour de 12%. D’une part cela reste en deçà de l’engagement pris par les Chefs d’Etat à Abuja au Nigeria en 2001 à savoir consacrer au moins 15% des budgets nationaux à la santé. D’autres part, cela ne suffit pas pour assurer une prise en charge adéquate des besoins des populations en général et la lutte contre le paludisme en particulier. Il faut davantage de ressources pour combler le déficit de financement de 2 milliards de dollars nécessaire chaque année, à l’échelle mondiale, pour lutter contre le paludisme. Nous devons donc mobiliser ces investissements si nous voulons protéger des millions à travers le continent.

Je suis convaincue que le secteur privé doit et peut contribuer à la lutte pour mettre un terme au paludisme ; dans la mesure où il possède les ressources financières et la capacité de réunir de nombreux partenaires autour de cette cause. Les entreprises du secteur privé peuvent non seulement fournir les ressources nécessaires pour combler le déficit de financement, mais elles peuvent également contribuer à la mise en place de programmes éducatifs, en sensibilisant les communautés et en leur apportant des informations essentielles sur le paludisme. Des informations qui pourraient s’avérer vitales pour la population.

Le lancement de l’initiative Zéro Palu ! Les entreprises s’engagent est l’une des plus grandes fiertés du Groupe Ecobank. Fort du soutien du Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme et de l’organisation de communication stratégique et de plaidoyer sénégalaise Speak Up Africa, cette importante initiative vise à encourager l’engagement du secteur privé en Afrique, en venant à l’appui du mouvement ‘’Zéro Palu ! Je m’engage’’ endossé par l’Union africaine en 2018 et co-dirigée par le Partenariat RBM.

Avec le soutien et la collaboration du secteur privé, nous pouvons réunir les fonds nécessaires et demander un engagement politique renforcé sur tout le continent. Ensemble, nous pouvons nous unir dans la lutte pour l’égalité des genres et protéger des millions de femmes, contre le paludisme, d’un bout à l’autre du continent.


[1] Organisation Mondiale de la Santé (2020), Rapport mondiale sur le paludisme

[2] Organisation Mondiale de la Santé (2019), Rapport mondiale sur le paludisme Ministère de la Santé : État de la santé de la population du Burkina Faso, Rapport 2019 , P69

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