Les femmes et les filles de science : une chance que l’Afrique ne peut se permettre de manquer

12 February 2021

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles et de science, Yacine Djibo, Fondatrice et Directrice exécutive de Speak Up Africa, revient sur les raisons pour lesquelles les femmes et les filles qui œuvrent dans le domaine de la science, sont une opportunité que l’Afrique ne peut se permettre de manquer.
Le rôle des STIM en Afrique

Le rôle des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) dans l’amélioration de l’état des systèmes de santé africains et, plus généralement, dans la réalisation des objectifs plus larges de développement du continent, à savoir la promotion du développement économique, ne peut être sous-estimé. La science est un élément essentiel de l’Agenda 2063, le plan directeur de l’Union africaine pour transformer le continent en une puissance mondiale du futur. La science joue un rôle dans l’éducation et le développement des compétences. Elle joue aussi un rôle dans la construction d’une économie de la connaissance, préparée pour faire face aux défis mondiaux tels que la pandémie de la COVID-19 mais aussi pour assurer une croissance inclusive et un développement durable.

Les femmes et les filles africaines dans le domaine des STIM

L’apprentissage, la formation et l’emploi dans le domaine des STIM créent des personnes capables de penser de manière critique, améliorent la culture scientifique et font naître la prochaine génération d’innovateurs. Pourtant, bien que l’Afrique abrite près de 17 % de la population mondiale, ses capacités en matière de STIM et les opportunités qui s’offrent aux Africains restent insuffisantes, la plupart des emplois dans ce domaine étant occupés par des non-Africains ou externalisés. La situation est encore plus difficile pour les femmes et les jeunes filles dans le domaine des STIM.  

Selon un rapport de l’UNESCO, seuls 30 % des chercheurs en Afrique subsaharienne sont des femmes, et dans les STIM, les femmes sont moins bien payées et publient moins. De plus, elles ne progressent pas autant dans leur carrière que leurs homologues masculins.

Malgré les difficultés, on constate quelques améliorations depuis ces dernières années. On observe en effet une augmentation des femmes chercheuses en Afrique du Sud, en Égypte, au Maroc, au Sénégal, au Nigeria, au Rwanda, au Cameroun et en Éthiopie. Cependant, nous devons être conscients que les disparités entre les sexes persistent, laissant en grande partie les femmes scientifiques à des postes subalternes avec peu de responsabilité et de pouvoir de décision, ainsi que des possibilités limitées d’exercer leur leadership.

Une chance à ne pas manquer

La disparité entre les genres dans le domaine des STIM a pour conséquence que les travaux scientifiques ne tiennent pas compte du point de vue et des contributions des femmes. Cela affaiblit l’agenda scientifique et va donc au-delà de la question de la justice et de l’équité. Ne pas remédier à cette disparité témoigne d’un échec à créer une innovation scientifique qui reflète et rend compte des intérêts et des besoins de l’ensemble de la communauté. À terme, comment pouvons-nous garantir la pertinence des innovations si elles ne prennent pas en considération les besoins de la moitié de la population ? Sans la présence d’un plus grand nombre de femmes lors de la prise de ces décisions, les innovations, les progrès et les découvertes dans le domaine des STIM ne peuvent pas aller plus loin. 

Il existe également un argument économique simple en faveur de l’inclusion des femmes et des filles dans les STIM. Selon les recherches menées par le McKinsey Global Institute, la parité entre les sexes sur le lieu de travail pourrait également rapporter jusqu’à 28 000 milliards (soit 26 %) du PIB mondial annuel d’ici 2025.

Il est grand temps d’agir

Plus de 49 millions de filles ne sont pas scolarisées dans le primaire et le secondaire en Afrique subsaharienne, il faut donc commencer par l’éducation de base. Il est essentiel que davantage de filles achèvent leur éducation de base. Par ailleurs, tout au long du système scolaire, nous devons encourager et soutenir les filles qui s’intéressent aux STIM ; et enfin, nous devons veiller à ce que les voies professionnelles pour les carrières dans les STIM restent aussi ouvertes et flexibles que possible pour les femmes. 

Il n’est pas toujours nécessaire d’emprunter les voies traditionnelles pour une carrière dans les STIM. Ainsi, offrir des possibilités plus concrètes de financement de démarrage des innovations et de programme de mentorat dans les STIM est un moyen puissant d’encourager une plus large participation, en particulier des femmes et des filles. Par exemple, je suis membre du Jury du Prix des jeunes innovateurs africains pour la santé, une récompense lancée récemment, qui est un investissement dans le capital humain que constituent les jeunes entrepreneurs africains prometteurs dans le secteur des soins de santé. Ce prix concerne le secteur des STIM et offre des possibilités de mentorat aux lauréats ainsi qu’un soutien financier pour développer leur innovation dans le domaine des soins de santé et une aide technique en matière de propriété intellectuelle si nécessaire.

En outre, la visibilité est importante parce que les femmes leaders inspirent d’autres femmes leaders. Une visibilité réduite, ou le manque d’exemples publicisés, peut nuire à un certain nombre de femmes qui visent des rôles de leadership. Par conséquent, et dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, Speak Up Africa est sur le point de lancer la plateforme des Voix africaines de la science afin de promouvoir l’accès à des informations et des données fiables. À travers cette plateforme, nous visons à présenter et à mettre en avant les leaders scientifiques africaines de demain et de confiance et des experts de la santé pour partager des informations fiables avec les populations du continent.

Le temps est venu pour les gouvernements, le secteur privé et le monde universitaire de travailler ensemble pour offrir aux femmes et aux jeunes filles des opportunités et un soutien leur permettant d’accéder aux carrières et à l’éducation qu’elles méritent. De cette manière, les femmes et les filles peuvent jouer un rôle plus actif pour stimuler la transformation économique africaine ou encore, alimenter l’innovation. Et grâce à l’expérience de la pandémie COVID-19, elles peuvent nous fournir des solutions adéquates en matière de soins de santé plus rapidement.

Si nous ne saisissons pas cette occasion maintenant, nous risquons de passer à côté de l’une des plus grandes opportunités qui s’offrent à nous, à savoir le développement d’économies et de sociétés fortes, durables et fondées sur la connaissance, dans toute l’Afrique, lesquelles peuvent aider à surmonter les nombreux défis mondiaux et locaux auxquels le continent est confronté. 

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