Le genre, au centre de la lutte contre les maladies tropicales négligées et le paludisme

Communiqué de presse • 11 October 2021


Bien que les Maladies Tropicales Négligées (MTN) les plus courantes en Afrique et le paludisme soient des maladies entièrement évitables et traitables, elles continuent de causer des obstacles majeurs au développement économique et social en Afrique.

Alors que depuis les années 2000, le nombre de décès dus au paludisme a diminué de 50%, les progrès se sont ralentis ces dernières années. On dénombre encore plus de 200 millions de cas par an et plus de 400 000 décès et plus de 90% de ces cas et de ces décès sont recensés sur le continent africain.

Affectant plus d’1,5 milliard de personnes dans le monde, les MTN sont responsables de milliers de décès évitables chaque année et provoquent des handicaps à long terme qui perpétuent des cycles de la pauvreté. Au cœur de la lutte contre le paludisme et des MTN se trouve la lutte contre les inégalités. Ces maladies se développent dans des régions où les taux de pauvreté sont plus élevés, où l’accès à des soins de santé de qualité et à des installations sanitaires adéquates est rare et où les plus vulnérables souffrent le plus.

La campagne « En marche vers Kigali » lancée en avril 2021, en amont du Sommet sur les MTN et le paludisme, à cette heure reportée à cause du contexte sanitaire global, est menée par un groupe d’organisations de la société civile (OSC) partageant les mêmes idées et provenant de divers pays africains francophones et anglophones. Elle s’appuie sur les plateformes déjà existantes des campagnes « Non aux MTN » et « Zéro palu ! Je m’engage » et vise à obtenir des engagements de la part des parties prenantes régionales, nationales et locales pour mettre fin à ces maladies d’ici 2030 et dans le cadre de l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

Et c’est dans le but de sensibiliser les communautés sur les fardeaux que constituent le paludisme et les MTN ainsi que l’importance de leur priorisation que Speak Up Africa a organisé de concert avec le Musée de la Femme Béninoise, un panel dans le cadre de la Journée Internationale de la Jeune Fille, célébrée le 11 octobre 2021.

Cette journée a été la parfaite occasion pour mettre en exergue l’impact disproportionné de ces maladies sur les femmes et les jeunes filles en Afrique avec des experts autour du thème « Combattre conjointement les MTN et le paludisme pour favoriser l’égalité des genres ». Cette tribune a permis aux participants de débattre et de réfléchir ensemble sur les avancées et les défis de la lutte contre ces deux fléaux tout en mettant un accent particulier sur la dimension genre.

« Le paludisme au Bénin, comme dans la plupart des pays tropicaux, continue d’être un lourd fardeau pour la population malgré les résultats tangibles enregistrés ces dernières années ». Il va plus loin en indiquant que « les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans sont les plus affectées par ce mal. C’est pourquoi, le PNLP a initié plusieurs actions de sensibilisation à l’endroit des femmes et jeunes filles en âge de procréer pour leur montrer l’importance de se rendre à l’hôpital lorsqu’elles sont enceintes afin de bénéficier du Traitement Préventif Intermittent (TPI). Malgré la gratuité de ce traitement, les femmes ne se rendent pas à l’hôpital et cela est vraiment déplorable. Nous espérons que cette mentalité changera et que les actions des autorités sanitaires permettront de mieux contrôler ce mal ».

Anicet ADJEIN, représentant du Programme National de Lutte contre le Paludisme

« Cette initiative est l’occasion de mettre en lumière les maladies dites négligées et qui sont peu connues de la population et même des décideurs. Pourtant, ces maladies affectent de nombreuses femmes et de jeunes filles des communautés les plus pauvres. Si nous prenons l’exemple du trachome, c’est une maladie qui quand elle n’est pas traitée, entraine une cécité irréversible. Or 70% des personnes touchées sont des femmes. Il faudrait donc accentuer les actions de sensibilisation, et mettre en place un dispositif efficace de lutte contre ces maladies dévastatrices parmi les populations les plus pauvres ».

Dr Wilfrid BATCHO, Coordonnateur du Programme National de Lutte contre les Maladies Transmissibles

Hormis la lutte contre ces deux fléaux, ce panel vise surtout à mettre en exergue l’importance du leadership féminin dans les actions sanitaires au Bénin.

« le leadership de la femme est hautement recherché dans tous les domaines de la société, notamment sur les questions de santé. La lutte efficace contre le paludisme et les MTN nécessite l’implication de tous et c’est d’ailleurs pourquoi l’association VIA-ME que je préside s’est activement impliquée dans la campagne régionale « En marche vers Kigali ». Et « le 229 marche vers Kigali » est une excellente occasion pour les OSC de porter leur voix pour la priorisation de la lutte contre les MTN et le paludisme auprès de élus locaux. Aussi, l’association VIA-ME mène énormément d’actions auprès des jeunes filles, notamment celles qui sont déscolarisées à travers des projets tels que ‘’She is great’’ ou ‘’Gnonnou Assouka’’. Ces actions visent principalement l’autonomisation de ces jeunes filles et le développement de leur leadership ».

Dr Odry AGBESSI, chirurgienne réparatrice et Présidente de l’association VIA-ME

Zackiath LATOUNDJI, Journaliste Santé et Présidente de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) a apprécié l’implication des médias dans la lutte contre les MTN et le paludisme. Il est important selon elle, que les acteurs du domaine collaborent davantage avec les professionnels des médias. Les médias pourront dès lors avoir des contenus et informer les communautés sur ces maladies.

« Il faut avouer que les professionnels de médias ne sont pas suffisamment impliqués dans le système de santé publique au Bénin. Communiquer autour de la santé est un exercice délicat et ce type de communication ou d’information touche directement à la vie de l’homme. Les professionnels des médias doivent être capables de distinguer les rumeurs des faits réels, et surtout faire recours à des sources fiables et vérifiables. L’implication des médias dans toutes les actions à fort impact est pourtant bénéfique pour tous car, le professionnel de média est celui qui conduit l’information de la source vers les populations les plus éloignées ; et pour ce faire, il a parfois recours aux agents communautaires pour traduire cette information afin de la rendre plus digeste et compréhensible pour ces populations. En ce qui concerne la lutte contre le paludisme et les Maladies Tropicales Négligées, il faudrait qu’une passerelle se crée entre toutes les parties prenantes afin que l’information soit structurée et fluide ».

Zackiath LATOUNDJI, Journaliste Santé et Présidente de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB)

Pour Mme Eunice LOISEL, Directeur de la Banque Commerciale à Ecobank Bénin représentante du secteur privé à l’occasion, plusieurs défis restent à relever notamment celui du financement de l’appui à l’élimination du paludisme, d’où l’initiative « Zéro Palu ! Les entreprises s’engagent », lancée par le Groupe Ecobank en partenariat avec Speak Up Africa.

« L’initiative ‘’Zéro Palu ! Les entreprises s’engagent’’ vise à fédérer toutes les entreprises du secteur privé autour de la lutte contre le paludisme afin de rehausser le financement domestique prévu pour cette cause. Le paludisme a une forte dimension de genre en ce sens qu’il affecte un peu plus les femmes que les hommes. Par exemple, lorsque nous prenons le cas des familles monoparentales ou polygamiques où la femme joue à la fois le rôle de père, de mère, et parfois même de médecin pour ses enfants, il est évident que sa productivité sera affectée. Qu’elle soit cheffe d’entreprise, employée artisane ou commerçante, si elle a un enfant souffrant du paludisme, cela se répercutera sur sa productivité et par ricochet sur le rendement de l’entreprise. Ecobank Bénin s’est donc engagé aux côtés de Speak Up Africa et du PNLP pour mieux contenir l’impact du paludisme sur le secteur privé en mobilisant le maximum d’entreprises et chefs d’entreprises.  Avec cette approche, nous sommes convaincus que d’ici quelques années nous parviendrons à éliminer le paludisme du Bénin et pourquoi pas de toute l’Afrique »

Eunice LOISEL, Directeur de la Banque Commerciale à Ecobank Bénin représentante du secteur privé à l’occasion

Pour conclure, ce panel a été l’opportunité pour les panélistes de revenir sur le problème de santé public que constituent ces deux maladies et leurs impacts sur les jeunes filles et femmes. Il s’est avéré très instructif et a permis de mettre en avant le genre à travers la représentativité des femmes au sein les panélistes. 

« Nous avons été honorés d’avoir pu participer à l’organisation de ce panel enrichissant. Personnellement, cela a été l’occasion pour moi de toucher du doigt les efforts faits par le gouvernement béninois afin de lutter convenablement contre le paludisme et les maladies tropicales négligées. Je puis vous assurer que ce fut pour moi un immense plaisir de conduire cet échange aux cotés de ces femmes et de ces hommes dont les actions ne sont plus à démontrer. En tant que fervente défenseuse de l’héroïsme féminin, je suis fière de percevoir à travers ce panel, la contribution de la femme béninoise dans le développement du Bénin. Et pour cause, je tiens particulièrement à remercier Speak Up Africa pour cette belle initiative ».

Wuldath MAMA, la responsable du Musée de la femme béninoise

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