Il est urgent pour le Tchad d’accélérer la vaccination

Éditorial • 02 December 2019

Par Son Excellence Mme Hinda Déby Itno, Première Dame du Tchad et Mme Anuradha Gupta, Directrice générale adjointe de Gavi, l’Alliance du Vaccin

Plus de 600,000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année à travers le monde de maladies évitables par la vaccination, dont un tiers en Afrique. Parmi les pays soutenus par Gavi, 10 pays prioritaires, dont le Tchad, rassemblent 70 % des enfants sous-vaccinés. En tant que Première Dame du Tchad et directrice générale adjointe de Gavi, notre mission est d’augmenter les taux de vaccination au Tchad pour assurer le futur du pays. Ensemble, nous nous sommes engagées à mettre nos voix et nos plateformes au service d’un financement accru de la vaccination dans la région et d’une amélioration globale de la santé et des perspectives d’avenir des enfants à travers le continent.

Cela est particulièrement important au Tchad, où près de la moitié (47 %) de la population a moins de 15 ans. Nous nous devons donc d’investir dans cette jeune génération, qui porte en elle nos futurs leaders, éducateurs et créateurs de changement. L’amélioration de l’accès à la vaccination systématique n’est pas seulement un investissement dans la santé de nos enfants, mais dans le bien-être du Tchad tout entier.

Le 31 janvier 2017, les chefs d’Etat africains ont pris l’engagement historique de promouvoir l’accès universel à la vaccination d’ici 2020 avec l’adoption de la Déclaration d’Addis-Abeba sur la vaccination, faisant de l’amélioration des taux de vaccination une priorité continentale. Dans les pays africains soutenus par Gavi, le taux moyen de vaccination est d’environ de 75 %, de sorte que les pays comme le Tchad doivent prendre leur responsabilité pour améliorer leurs taux de vaccination et se maintenir au niveau du reste du continent.

La vaccination de routine prévient aujourd’hui 2 à 3 millions de décès dans le monde chaque année. Pourtant, l’Organisation mondiale de la Santé estime que 19,4 millions de nourrissons ne bénéficient toujours pas de vaccins de base contre les maladies entraînant souvent des décès prématurés. L’Afrique dans son ensemble a fait d’énormes progrès au cours des dernières décennies grâce à la vaccination de routine, mais il reste encore beaucoup à faire.

Outre les pertes de vie causées par les maladies évitables, les maladies infectieuses telles que le rotavirus, la rougeole, la rubéole et les infections à pneumocoques coûtent collectivement au continent africain 13 milliards de dollars, du fait de leur fréquence et de leur mortalité. Pourtant, selon une étude de l’Université John Hopkins, le retour sur chaque dollar investi dans la vaccination est de 21 dollars en moyenne, économisés sur les frais de santé, les gains de salaire et de productivité. En évaluant la situation de façon plus générale encore, les avantages tirés de chaque dollar dépensé pour les vaccinations permettent d’obtenir un retour sur investissement de 54 dollars, permettant ainsi aux bénéficiaires de vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Les vaccins sont essentiels, non seulement pour le bien-être de nos enfants, mais aussi pour la santé des jeunes femmes. Une femme meurt encore du cancer du col de l’utérus toutes les deux minutes, et environ 80 % des décès liés à ce cancer surviennent dans les pays à revenu faible et intermédiaire. L’introduction du vaccin anti-VPH (virus du papillome humain) a révolutionné le dépistage des VPH et peut prévenir jusqu’à 90 % des cas de cancer du col utérin. Alors que nous insistons sur la hausse des taux de vaccination, il est important de maintenir l’accent sur la santé des jeunes femmes.

Nos expériences démontrent clairement que les dirigeants qui prennent leurs responsabilités en matière de santé publique sont les premiers à en récolter les bénéfices. La vaccination est l’intervention la plus rentable qui existe pour lutter contre les maladies mortelles qui causent handicaps et réductions de productivité en Afrique et doit donc figurer en tête des priorités de tout dirigeant. Reproduire ce qu’ont fait d’autres pays a ses limites cependant, et il est essentiel de prendre le temps de comprendre les défis de nos pays respectifs et d’adapter notre réponse nationale aux besoins de nos citoyens pour créer un réel changement.

En 2013, le taux de vaccination des enfants tchadiens de 1 an était de 5 %. Aujourd’hui, le taux de couverture vaccinale des enfants du Tchad est de 22 %. Il reste encore beaucoup à faire, mais nous sommes fiers des progrès accomplis, le Tchad va dans la bonne direction en prenant la responsabilité de mieux adapter les programmes de vaccination aux citoyens tchadiens. Depuis 2013, il s’agit notamment de travailler avec les chefs de village et les agents de santé communautaires pour identifier les enfants qui ont besoin de ces vaccins vitaux et d’élaborer des stratégies de micro-planification qui nous permettent d’affecter plus efficacement les ressources dans chaque zone. Notre travail en partenariat avec le Ministère de l’Elevage sur une campagne de vaccination mixte commence également à porter ses fruits. Cette approche multisectorielle nous a déjà permis l’an dernier d’administrer une première dose du vaccin pentavalent 5-en-1 à 3616 nourrissons âgés de 0 à 11 mois, et les trois doses requises à 200, 1 600 nourrissons ont été vacciné contre la rougeole, et 10 000 enfants âgés de 1 à 5 ans contre la polio.

Pour augmenter significativement le taux de couverture vaccinale au Tchad et dans toute l’Afrique, nous avons désormais besoin que toutes les couches de la société se mobilisent pour maximiser l’impact de nos investissements collectifs. Les dirigeants nationaux, les organisations comme Gavi et les ministères de la santé sont chargés de l’amélioration de l’accès aux vaccins, mais les individus, les familles et les soignants ont tous un rôle important à jouer. Nous appelons les parents d’un bout à l’autre du pays à comprendre les risques associés à la non-vaccination des jeunes enfants et à prendre en charge la santé de leur famille.

Le soutien de Gavi a permis à 15 pays d’autofinancer complètement leurs programmes de vaccination. D’ici fin 2020, cet autofinancement complet concernera 18 pays. Au cours des dernières décennies, le Burkina Faso a augmenté son taux de couverture pour le vaccin en trois doses contre la diphtérie-tétanos-coqueluche pour atteindre 91 %, prouvant que le succès est possible en Afrique. Aujourd’hui nous devons nous inspirer des succès de ces pays tout en continuant à intensifier nos efforts pour améliorer les taux de vaccination et nous assurer que nos enfants grandissent en bonne santé.

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