Favoriser l’accès à l’eau potable et à un assainissement amélioré pour briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la maladie

Éditorial • 22 November 2019

Dr Mwelecele Ntuli Malecela, Directrice du Département de lutte contre les maladies tropicales négligées, Organisation mondiale de la santé

Plus d’un milliard de personnes dans 149 pays sont touchées par les maladies tropicales négligées (MTN). Pourtant, comme leur nom l’indique, elles reçoivent peu d’attention et restent encore aujourd’hui largement ignorées.

Les MTN touchent principalement les zones rurales marginalisées où elles infligent non seulement d’immenses souffrances aux communautés, mais pèsent aussi lourdement sur le développement social et économique de communautés entières.

Il est important de noter que cinq des MTN les plus répandues peuvent être évitées grâce à des médicaments à efficacité prouvée et distribués gratuitement. L’administration de ces derniers à l’ensemble des personnes affectées ou exposées à ces maladies est en outre relativement simple.

Consciente du lien vital entre les MTN et l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH : Water, Sanitation, Hygiene), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé en 2015 une stratégie WASH mondiale 2015-2020 pour accélérer et soutenir les progrès contre les MTN. L’OMS a en outre publié en janvier 2019 un outil WASH – MTN pour renforcer les partenariats, informer des programmes et soutenir les interventions de contrôle.

Aujourd’hui malheureusement, 2,4 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des installations sanitaires de base et 663 millions n’ont pas accès à des sources adéquates d’eau potable.

Le manque d’eau potable et d’assainissement amélioré diminue la qualité de vie. De plus, les patients souffrant de MTN telles que la filariose lymphatique et la lèpre doivent disposer d’eau propre pour gérer leurs symptômes. La dracunculose, l’ulcère de Buruli et la leishmaniose cutanée provoquent des plaies qui nécessitent des soins prolongés, et ces deux dernières maladies nécessitent souvent une opération chirurgicale et une hygiène personnelle rigoureuse pour que le traitement soit efficace.

Les scientifiques ont démontré que l’eau propre réduit considérablement les risques de contraction de la schistosomiase – une infection parasitaire causée par des vers présents en eau douce. L’incidence du trachome, qui peut entraîner une cécité irréversible, peut quant à elle être réduite par l’accès à l’assainissement. Enfin, les programmes de prévention et de traitement de masse contre les MTN requièrent, eux aussi, de l’eau propre et potable pour être efficaces.

En nous concentrant sur l’impact de la composante WASH sur les MTN, nous faisons un pas de plus vers l’élimination de certaines de ces maladies de la pauvreté. Les services WASH améliorent la santé et la prospérité des communautés. Mais pour que WASH fonctionne efficacement, les secteurs privé et public doivent mobiliser leur expertise technique et leurs ressources et, plus important encore, doivent s’assurer non seulement que les investissements atteignent les populations concernées mais aussi qu’ils aient les effets positifs escomptés auprès des communautés affectées.

Au cours des 20 dernières années, depuis que l’OMS a donné la priorité à l’élimination du trachome, le Ghana est devenu le premier pays d’Afrique subsaharienne à éliminer cette maladie comme problème de santé publique.

En associant leurs efforts, les partenaires ont déployé avec succès la stratégie SAFE endossée par l’OMS, qui inclut des traitements chirurgicaux, antibiotiques, des pratiques d’hygiènes du visage et l’amélioration des conditions de vie. Le lien entre ces différents aspects est indéniable et nous pouvons d’ores et déjà tiré une conclusion : l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de base contribue à prévenir les MTN et facilitent le traitement des malades.

Pourtant, malgré ces progrès, il reste encore beaucoup à faire.

Le soutien fourni par les compagnies pharmaceutiques, les gouvernements et les donateurs privés a eu un impact énorme sur la réduction et l’élimination des MTN. C’est pourquoi la nouvelle feuille de route sur les MTN 2021-2030 encourage et s’appuie sur le leadership et la contribution des pays affectés.

Les trois priorités stratégiques de cette nouvelle feuille de route sont d’accélérer l’action des programmes, d’intensifier les approches transversales et d’optimiser les modèles opérationnels et la culture. Plus précisément, nous allons travailler pour atteindre l’objectif « triple milliard » de l’OMS pour faire en sorte que d’ici 2023 plus d’un milliard de personnes bénéficient de la couverture sanitaire universelle ; un milliard de personnes supplémentaires bénéficient d’une meilleure protection contre les urgences sanitaires ; et enfin, un milliard de personnes supplémentaire soient dans un meilleur état de santé.

Si les objectifs de la nouvelle feuille de route peuvent paraitre ambitieux compte tenu de l’instabilité politique, de l’incertitude qui plane sur la finance mondiale et de la charge considérable que représentent les MTN, ils sont néanmoins réalisables avec la participation des pays qui sera cruciale pour une mise en œuvre réussie des programmes.

Aujourd’hui plus que jamais, la nouvelle feuille de route met en avant la nécessité d’une collaboration intersectorielle. Les secteurs privé et public collaborent déjà avec les gouvernements pour promouvoir l’élimination efficace et définitive des MTN. Mais les pays deviennent de plus en plus conscients qu’ils doivent s’investir dans l’élimination des MTN et se placer au cœur du combat. 

Le Projet spécial élargi pour l’élimination des maladies tropicales négligées (ESPEN) a été créé en 2016 en vue d’accroître la coopération internationale et ainsi accélérer l’élimination des cinq MTN les plus courantes. ESPEN travaille sans relâche pour réaliser sa vision d’une Afrique exempte de MTN. Le projet contribue à l’objectif plus large de l’OMS de couverture sanitaire universelle, de viabilité à long terme et de renforcement des systèmes de santé grâce à une responsabilisation des pays concernés qui prendront désormais la direction des programmes de contrôle et d’élimination et de partage des données pour une action fondée sur des faits établis.

Avec seulement 0,6 % du financement mondial alloué à la lutte contre les MTN, nous avons un besoin urgent de ressources supplémentaires. Grâce à un leadership et un engagement soutenu, nous pouvons intégrer durablement les programmes MTN aux systèmes de santé, plutôt que de les associer de façon ad hoc.

À bien des égards, des infrastructures WASH inadéquates et la présence des MTN révèlent une inégalité au sein des communautés.

La prévalence des MTN et l’insuffisance des services WASH posent des défis mondiaux majeurs car elles perpétuent un cercle vicieux de pauvreté et de maladie. En améliorant l’un, nous contribuons à éliminer l’autre.

Personne ne devrait être laissé pour compte, surtout pas à cause de quelque chose d’aussi « fondamental » que l’accès à des installations WASH adéquates.

Nous devons non seulement prendre des mesures, mais aussi les maintenir sur le long terme. Renouvelons notre engagement à éliminer ces maladies de la pauvreté.

Parce que je veux voir une Afrique exempte de maladies tropicales négligées, j’ai signé la pétition « Non aux MTN », et je vous encourage à faire de même.   

Il est temps de dire « Non aux MTN ». Il est temps de se faire entendre, de prendre position et d’agir.

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