Façonner les politiques et les financements de la santé publique en Afrique de l’Ouest

Opinion • 29 October 2020

Speak Up Africa est une organisation africaine à but non lucratif de plaidoyer et de communication stratégique, dont l’objectif est de promouvoir le leadership, de faciliter les changements de politiques et de mieux faire connaître le développement durable en Afrique. Fondée en 2011 et basée à Dakar, Speak Up Africa a réalisé des avancées significatives dans le domaine du plaidoyer en faveur de la santé. Le travail de Speak Up Africa couvre divers domaines, dont l’assainissement, le paludisme, les maladies tropicales négligées (MTN), la vaccination et, plus récemment, la COVID-19. L’organisation met en œuvre des programmes au Sénégal, au Niger, en Guinée, au Ghana, au Burkina Faso, au Bénin, au Tchad et en Sierra Leone.

Les piliers de notre travail incluent la promotion de l’engagement politique, la participation du secteur privé et la sensibilisation et l’appropriation des communautés. À travers nos plateformes et nos réseaux et avec l’aide de nos partenaires, nous nous assurons que les décideurs rencontrent les acteurs de terrain, que des solutions soient trouvées et que chaque secteur, des citoyens et groupes de la société civile aux partenaires financiers et dirigeants d’entreprises, contribue de manière critique au dialogue et s’efforce d’agir de manière concrète pour la santé et le développement durable sur le continent. Aujourd’hui, nous célébrons le 9e anniversaire de Speak Up Africa et à cette occasion, nous revenons sur quelques-uns de nos domaines de travail et sur la façon dont nos activités et nos partenariats ont contribué à « Sensibiliser. Impulser. Engager. » pour une Afrique plus saine et plus prospère.

Speak Up Africa estime que les meilleures solutions sont celles qui impliquent différents secteurs de la société. En novembre 2018, nous avons lancé le mouvement « Non aux MTN » qui réunit des individus, des dirigeants politiques, des entreprises du secteur privé et des organisations de la société civile (OSC) pour mieux sensibiliser, établir des priorités et susciter un engagement national en vue d’accélérer la lutte pour l’élimination des maladies tropicales négligées en Afrique. Les MTN touchent plus de 1,5 milliard de personnes chaque année, et entraînent décès, cécité, défigurations, douleurs chroniques, troubles cognitifs et autres handicaps sur le long terme. 47 pays de la région africaine sont au moins endémiques pour une MTN et 37 d’entre eux sont co-endémiques pour au moins 5 de ces maladies. Entre autres succès, le mouvement « Non aux MTN » a tiré parti du Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu à Niamey, au Niger, pour offrir aux dirigeants africains une plateforme leur permettant d’évaluer les progrès réalisés dans la lutte contre les MTN sur le continent. Ce mouvement a également mené à la création de la première coalition d’organisations africaines de la société civile africaines contre les MTN intitulée : « La société civile dit non aux MTN », un réseau d’OSC africaines connecté, intégré et collaboratif, qui œuvre à renforcer les capacités des OSC à développer et à mettre en œuvre des stratégies de plaidoyer pertinentes au niveau local, et à encourager les dirigeants politiques à apporter un soutien politique et budgétaire pour des programmes durables de lutte pour l’élimination des MTN.

Souvent, les meilleures solutions débutent au niveau national et leur succès conduit à leur adoption au niveau régional. En 2014, Speak Up Africa, PATH et le Ministère de la Santé et de l’Action sociale du Sénégal ont lancé « Zéro palu ! Je m’engage » pour encourager la communauté à s’approprier les efforts de lutte contre le paludisme, accroître la collaboration intersectorielle et améliorer la qualité des informations partagées sur le paludisme. La campagne repose sur trois piliers : renforcer l’engagement politique à tous les niveaux du gouvernement, mobiliser le secteur privé sénégalais pour créer de nouveaux partenariats et accroître la sensibilisation de la communauté et son appropriation de la question. Pour remettre en contexte l’impact dévastateur du paludisme sur le continent, toutes les deux minutes, un enfant meurt du paludisme et chaque année, plus de 200 millions de nouveaux cas de cette maladie sont signalés. L’Afrique supporte une part disproportionnée du fardeau mondial du paludisme. En 2018, 94 % des décès dus au paludisme ont eu lieu dans la région. Les enfants de moins de 5 ans sont les plus vulnérables à la maladie. En 2018, ils représentaient 67 % (272 000) de tous les décès dus au paludisme dans le monde.

Inspirée par le succès de la campagne « Zéro palu ! Je m’engage » au Sénégal, la Commission de l’Union africaine et le Partenariat RBM pour en finir avec le paludisme ont lancé la campagne sur tout le continent, avec l’appui de 55 chefs d’État et de gouvernement africains. À ce jour, 15 pays ont lancé la campagne « Zéro palu ! Je m’engage. » au niveau national. Avec le soutien de Comic Relief et de GSK, Speak Up Africa, en collaboration avec le Partenariat RBM, soutient la mise en œuvre de la campagne au Ghana et en Sierra Leone de juillet 2019 à décembre 2020. D’autre part, « Zéro palu ! Je m’engage » est devenu le thème officiel de la Journée mondiale du paludisme 2019 et 2020.

Pour créer une Afrique plus saine et plus prospère, il est essentiel de s’attaquer aux problèmes d’assainissement qui touchent la majorité du continent. Aujourd’hui, près de 4,5 milliards de personnes, soit plus de la moitié de la population mondiale, utilisent des installations et des services d’assainissement qui ne permettent pas l’élimination des déchets en toute sécurité. C’est un problème particulièrement important en Afrique où une personne sur trois vit encore sans installations sanitaires adéquates et ce chiffre passe à 75 % dans la région d’Afrique de l’Ouest. Le mouvement Boues d’Or a été lancé en 2016 par Speak Up Africa, en étroite collaboration avec les institutions nationales qui sont directement responsables du développement et de la mise en œuvre des programmes d’assainissement. Son but est d’accroître la sensibilisation, les niveaux de priorité et l’engagement des régions, des pays, des municipalités, des médias et de la société civile en Afrique à améliorer l’accès à un assainissement adéquat et équitable pour tous d’ici 2030. En 2019, dans le cadre du CAPOOP (Communications, Advocacy & Policy Opportunities & Outreach for Poop), Speak Up Africa a lancé une bourse pour les médias sur l’assainissement, afin de renforcer les capacités des journalistes à rendre compte des questions d’assainissement et, par leurs reportages, à contribuer à l’amélioration de l’accès à l’assainissement.

Un aspect important et souvent négligé de l’hygiène est l’hygiène menstruelle. En 2016, Speak Up Africa a lancé la campagne « Menstrues sans tabou », dans le cadre d’une stratégie nationale inclusive centrée sur divers aspects de la promotion du statut des femmes, de la réduction de la pauvreté, de la santé, de l’accès à l’eau potable et de la disponibilité d’installations sanitaires adéquates. Pour des millions de femmes et de filles en Afrique, la menstruation est une réalité mensuelle. Pourtant, dans de nombreux pays, elles sont encore confrontées à de graves difficultés pour gérer leurs règles. Les mythes, la stigmatisation et les normes sexospécifiques dangereuses autour de la menstruation aggravent les difficultés rencontrées par les filles et les femmes sur tout le continent. Le fait que les femmes et les jeunes filles n’aient pas accès à des toilettes propres et sûres pendant leurs règles perpétue la honte et la peur.

La campagne « Menstrues sans tabou » a pour but de mieux faire comprendre au public comment la gestion de l’hygiène menstruelle peut donner aux filles et aux femmes les moyens de réaliser pleinement leur potentiel. En se basant sur les résultats de la recherche formative, Speak Up Africa a mis sur pied un « laboratoire d’idées » pour les femmes, les filles, les garçons et les hommes afin qu’ils puissent discuter et échanger librement sur les questions liées à la gestion de l’hygiène menstruelle. Le laboratoire Speak Up Africa était situé à Pikine, dans la banlieue de Dakar, où la majorité de la population vit avec moins de 2 dollars US par jour. Le succès du laboratoire au Sénégal a attiré l’attention de la Première Dame de Sierra Leone, son Excellence Sia Nyama Koroma. En août 2017, Speak Up Africa a été invitée à participer au Camp national des filles organisé par le Bureau de la Première Dame afin d’animer un atelier sur la gestion de l’hygiène menstruelle.

Les exemples cités ici ne représentent qu’une partie du travail de Speak Up Africa et mettent en évidence certaines des initiatives clés entreprises pour défendre les réformes en matière de santé publique et de développement durable en Afrique. Speak Up Africa célèbre également le travail des dirigeants qui font des progrès dans le domaine du développement durable dans différentes sphères de la société. En 2019, Speak Up Africa a lancé son premier prix du leadership pour récompenser et féliciter les personnes et les organisations qui font preuve d’un leadership exemplaire en matière de développement durable et dont le travail et les initiatives ont un impact positif en Afrique. Les lauréats de cette année incluent des décideurs politiques, de la société civile et du secteur privé. Ils ont été primés pour leur leadership et leurs actions pour l’élimination du paludisme et des MTN et pour interrompre la propagation du nouveau coronavirus.

Par Yacine Djibo, Directrice Exécutive de Speak Up Africa

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