Consolider les progrès réalisés pour ne pas perdre nos acquis : le défi de la vaccination en Afrique

Opinion • 05 May 2020

À travers le monde, la vaccination de routine fait partie intégrante de la vie, ce n’est pas le cas en Afrique. Aux quatre coins du continent, de fantastiques efforts ont été entrepris pour démocratiser la vaccination de routine, mais malgré les progrès réalisés, des millions de personnes n’ont toujours pas accès à cette intervention vitale. Au cours des cinq dernières années, la couverture vaccinale en Afrique subsaharienne a stagné à 72 %, loin de l’objectif de 95 %.

Aujourd’hui, la nouvelle pandémie du Covid-19 menace les progrès réalisés – amenant avec elle le risque d’une complète mise à l’arrêt des chaines d’approvisionnement médicales et des programmes de vaccination. Cela exposerait non seulement les populations à des maladies et des épidémies évitables grâce à la vaccination, mais cela ferait aussi reculer le développement général des pays. Si l’on considère les avantages économiques et sociaux plus larges, le retour sur investissement de la vaccination est 44 fois supérieur à son coût. C’est pourquoi Speak Up Africa continue de plaider pour des programmes de vaccination améliorés et insiste pour qu’ils soient considérés comme des priorités. En tant qu’Africains, il est de notre devoir d’étendre la couverture vaccinale afin que nos enfants aient la chance de vivre une vie saine et heureuse.

La vaccination de routine est le fondement d’un système de santé efficace et résilient et partie intégrante de l’atteinte de l’objectif de couverture sanitaire universelle. La vaccination est dans les faits l’intervention sanitaire la plus rentable connue de l’humanité, et une protection fiable contre un large éventail de maladies. Pourtant, 1,5 million d’enfants de moins de cinq ans dans le monde continuent de perdre la vie chaque année à cause de maladies évitables par la vaccination, notamment la méningite et la fièvre jaune. Les programmes de vaccination efficaces permettent d’une part de réduire les épidémies et les décès, mais ils constituent également une base solide pour les systèmes de santé nationaux et ouvrent la voie vers des communautés plus saines et plus prospères.

Cela étant dit, l’impact du Covid-19 est déjà plus important que beaucoup ne l’avaient prévu. Nous constatons déjà que les campagnes de vaccination contre la rougeole sont retardées dans 24 pays et même annulées dans 13 autres. Cela équivaut à plus de 100 millions d’enfants qui n’ont pas reçu ce vaccin. Un vaccin sûr et efficace contre la rougeole a été développé il y a 50 ans, mais encore 140 000 enfants décèdent de cette maladie chaque année. Cela montre bien qu’il ne suffit pas d’avoir un vaccin, il faut y avoir accès.

Un enfant sur cinq en Afrique n’a toujours pas accès aux vaccins dont il a besoin. L’absence de services dans les régions reculées ou le manque d’informations sur l’efficacité des vaccins freinent notre développement, c’est pourquoi les programmes de vaccination soutenus par les gouvernements sont si essentiels pour garantir l’accès aux vaccins à toutes les communautés, en particulier à travers des campagnes de sensibilisation adaptées aux populations. La désinformation sur l’importance des vaccins et leurs avantages est malheureusement très répandue. Cette désinformation, qui suggère que les vaccins sont dangereux pour les gens, peut tuer. C’est pourquoi nous demandons instamment aux pays de préserver les programmes de vaccination afin de continuer à fournir ces soins vitaux, en particulier pendant la pandémie Covid-19.

C’est pour cette raison cruciale que nous avons lancé la campagne Stay Safe Africa, qui vise à outiller communautés et individus avec les mesures préventives simples et éprouvées pour interrompre la propagation du Covid-19, mais aussi à maintenir l’attention publique sur l’importance des programmes de vaccination pendant la pandémie. Le Covid-19 a non seulement un impact sur la vie de tous les africains, en perturbant la vaccination, mais il aura également un impact terrible sur la vie d’innombrables autres personnes si nous ne faisons rien pour l’arrêter. Si les gouvernements nationaux continuent d’accorder la priorité aux programmes de vaccination et s’ils disposent des fonds nécessaires, ces programmes seront efficaces à travers l’ensemble des territoires.

Seuls 12 pays africains financent aujourd’hui plus de 50 % de leurs programmes nationaux de vaccination. Afin d’accélérer les avancées, il est maintenant crucial que les investissements nationaux augmentent et que les gouvernements donnent la priorité aux programmes de vaccination. Bien que le Covid-19 ait entraîné la suspension des programmes de vaccination actuels, il sera nécessaire de mener des campagnes de « rattrapage », afin d’identifier ceux qui ont manqué leurs vaccinations et de rétablir la demande au niveau communautaire. Ces campagnes exigeront une préparation et une mobilisation de grande envergure. Sans l’engagement des dirigeants politiques africains et un financement accru des programmes de vaccination, nous n’atteindrons pas nos objectifs de développement durable pour 2030.

En cette semaine mondiale de la vaccination, j’invite tous les membres de la société à se joindre à nous pour célébrer et défendre cet exploit de la médecine moderne. Nous connaissons l’importance de la vaccination ; nous en bénéficions déjà depuis de nombreuses décennies. Mais, aujourd’hui plus que jamais, nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers en matière de santé publique. Les vaccins peuvent sauver et sauveront des vies, avec des bénéfices si importants que nous ne pouvons pas nous arrêter en si bon chemin. Si les programmes sont interrompus, cela n’est pas une raison pour laisser les progrès s’inverser. Nous devons nous unir, veiller à ce que la vaccination reste une priorité et accélérer les avancées vers la couverture vaccinale universelle.

Par Fara Ndiaye, Directrice exécutive adjointe de Speak Up Africa

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