Chacun enseigne à chacun : L’importance de la communauté pour faire progresser la vaccination et lutter contre les maladies

Blog • 12 April 2022

Par Pr. Samba Sow, Directeur du Centre pour le Développement des Vaccins au Mali et Envoyé spécial de l’OMS pour la COVID-19 en Afrique de l’Ouest

En matière de vaccination, nous sommes sans doute à un point d’inflexion critique. L’hésitation à se faire vacciner a montré son véritable coût par le nombre de vies perdues, ainsi que par les attitudes culturelles répandues à l’égard de la vaccination, des vaccins et de leur distribution. 

Pour l’Afrique et les Africains, l’accès aux vaccins a souvent été ressenti comme un privilège plutôt que comme un droit. Une personne sur cinq n’ayant pas accès à la vaccination la plus fondamentale, les maladies facilement évitables deviennent un problème persistant dans de nombreux pays africains. En 2020, selon les estimations de l’OMS, environ 17 millions d’enfants n’auront pas été vaccinés contre des maladies mortelles telles que la rougeole, la diphtérie et le tétanos.

La pandémie de la COVID-19 a mis en évidence l’importance de l’équité en matière de vaccins. Fin 2021, lorsque des scientifiques d’Afrique du Sud ont identifié le variant Omicron de la COVID-19, de nombreuses nations occidentales ont presque immédiatement imposé des restrictions de voyage vers certains pays où Omicron avait été identifié. Il convient toutefois de noter que, parmi les pays où des cas du variant Omicron ont été identifiés, les seuls à se voir imposer des restrictions de voyage accrues – ou à se voir interdire purement et simplement de voyager – étaient des pays africains.

Alors, comment cela s’intègre-t-il dans la vaccination ?

En 2021, l’initiative COVAX a permis la distribution du vaccin contre la COVID-19 dans la plupart des pays du monde et ainsi promouvoir un accès équitable. Cependant, il a été difficile de la rendre pleinement efficace, en raison d’une distribution insuffisante : les pays à haut revenu stockent le surplus de doses, laissant les pays à faible revenu à la traîne. Ainsi, dans de nombreux pays africains, il est essentiel d’adopter une stratégie de distribution de vaccins adéquate, de manière à minimiser les effets des nombreuses et éminentes maladies tropicales.

L’organisation à but non lucratif de plaidoyer et de communication Speak Up Africa œuvre pour garantir l’accès à la santé pour tous. Je suis fier d’être le champion du programme Restons prudents en Afrique, qui a été créé pour aider à relever certains des défis inhérents à la COVID-19. La première priorité est d’enrayer la propagation de la COVID-19. La seconde est de maintenir l’accès et améliorer les services de soutien aux autres vaccins et aux autres problèmes de santé. Les conséquences de la COVID-19 ne doivent pas être sous-estimés, et consacrer des ressources à son élimination doit être une priorité. Mais nous ne pouvons pas non plus nous permettre de négliger d’autres problèmes de santé majeurs.

Alors que certains pays se libèrent de plus en plus des restrictions liées à la COVID-19, de nombreux autres sont encore sur la longue route de la guérison. Cela est dû, en partie, au fait que de nombreux pays ont des taux de vaccination complète inférieurs à 10 %. La réticence à l’égard des vaccins fait partie du problème, de même que des considérations politiques, économiques et d’autres facteurs liés aux infrastructures.

Comme nous l’avons vu avec la COVID-19, les virus évoluent et mutent en permanence ; ils doivent donc se rapprocher le plus possible de l’élimination. Par conséquent, la priorité doit être donnée à la vaccination mondiale, afin de réduire le risque et les possibilités pour les mutations des virus de gagner du terrain.

L’initiative COVAX a, d’une certaine manière, été une réussite mais, sans un financement adéquat, elle n’aboutira pas. Il faut toutefois noter que la campagne de vaccination mondiale offre une opportunité unique : aider les pays à faible revenu à améliorer leur capacité de distribution.

À l’échelle mondiale, l’hésitation à se faire vacciner coûte plus que des vies. Compte tenu de la population du continent africain, de la relative porosité des frontières entre les pays et de la forte transmissibilité de la COVID-19, il est primordial de prioriser l’Afrique dans la lutte contre le virus. Les pays riches ont eu du mal à endiguer la prévalence de ce virus : le problème est donc encore plus grand pour les pays africains, où, même avant la pandémie, la plupart des systèmes de santé avaient déjà du mal à répondre aux besoins de leur population.

L’investissement dans la capacité des pays à fournir des vaccins aura un impact positif sur le système de soins de santé. En mettant l’accent sur la reconstitution et le financement, nous pourrons combler certaines de ces lacunes pour les pays en développement.

Montrer l’exemple, travailler avec les communautés et déployer des personnes capables de dissiper les mythes et les malentendus sur les vaccins et d’attester des avantages de la vaccination aura une valeur inestimable et contribuera même à contrer la propagation et les répercussions d’autres maladies tropicales. Le soutien, l’adhésion et l’autonomisation de la communauté pourraient encore conduire à un changement significatif des attitudes, réduisant l’hésitation vaccinale et ouvrant la voie à une meilleure santé dans toutes nos communautés.

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